vendredi 31 août 2007

MESSAGE DE L' INTRUDER



Merci d'avoir voté.

Le score fut serré: 50% me trouve "chic et raffiné" ou éventuellement "gendre idéal".
Et 50%, "grossier et vulgaire" ou "bête et méchant". Je remercie tous les votants.

"Bête et méchant", j'assume. La provocation passe par l'excès dans l'expression des idées, et c'est une sorte d'exutoire. "Grossier et vulgaire", alors là, c'est un peu plus compliqué.

La vulgarité, ça n'est pas une manière de parler(ou d'écrire) mais une manière de penser. Et là, je dois dire que je m'estime largement battu par une grande partie de ma confrérie humaine. Raccourcis faciles, lieux communs, généralités, solutions simples à des problèmes compliqués, xénophobie généralisée, "bien-pensance" de circonstance mais qui ne résout rien, angélisme béni oui-oui, mythomanie existentielle... tout ça me parait très commun DONC très vulgaire. Mes propos accrochent ou choquent. Tant pis ! Si l'on ne décèle pas dans mes textes (quelquefois d'une cruauté sans nom, je le concède), un second voire troisième degré évident, alors tout ça est vraiment désespérant. C'est donc que je surestime encore le genre humain. Alors là oui, on peut affirmer que l'on vit actuellement dans une société complètement lisse et aseptisée, malléable à souhait, complètement disponible et prête à s'épanouir dans le populisme spectaculaire d'un pays qui est entré dans une période d'extrême médiocrité... donc d'une grande vulgarité. La vulgarité c'est ce qui est commun, dans la pensée, les actes et les comportements. C'est ce qui est majoritairement accepté. Si en 1981, l'on avait écouté la "majorité", on décapiterait toujours en France. C'était pas "vulgaire" de couper des têtes ? Et ça n'est pas vulgaire de mettre la photo d'un taré congénital pédophile en pâture à la plèbe à la une de tous les journaux, pendant plus d'une semaine ? De vouloir juger un type qui a décapité deux infirmières alors qu'il est complètement irresponsable de ses actes ? Ça n'est pas vulgaire de confondre Justice et Vengeance ? Ça n'est pas vulgaire d'affirmer que la réussite ne passe que par l'argent et le standing ? Et le plus drôle est que les gens les plus vulgaires pensent très souvent qu'ils ne le sont pas le moins du monde. Au contraire, ils se prétendent souvent "chic" et au dessus des autres. Pourtant, ils véhiculent en eux les idées les plus serviles, les plus banales et affichent dans leurs propos, des litanies de phrases toutes faites, tout à fait consternantes. Et même, lorsqu'ils sont cultivés, ils sont dans la plupart des cas, incapables de s'extraire de leur formatage idéologique, de tirer des réflexions personnelles de leurs propres connaissances. Je les surnomme "karaokés culturels".

Être vulgaire, c'est aussi une manière de vivre, d'envisager son existence, en accord ou pas avec sa conscience, ses idées, son aptitude à la liberté et l'autonomie... Alors à ce sujet, il est très clair que là encore, je ne me suis pas enfermé dans le piège d'une pseudo sécurité affective basée sur une quelconque compromission quelle qu'elle soit, sur un plan matériel ou autre. Donc, libre penseur, esprit libre et liberté d'action et de choix. La liberté ne s'achète pas, n'est pas négociable. Ceux qui la compromettent pour d'obscures raisons de bon sens, sont irrécupérables et ne peuvent revendiquer une quelconque indépendance spirituelle. Regardez bien autour de vous, voire très près de vous... Je sais ! Pour certains, ça peut paraître encore vulgaire...

Alors The Intruder qui est donc à la fois "chic et raffiné, gendre idéal, grossier et vulgaire, ou bête et méchant" vous remercie encore, quel que soit votre vote, et vous embrasse tous !

D'ailleurs, il vous quitte car il entre en clinique aujourd'hui, et il espère pour pas longtemps !

Merci les gens ! Et à bientôt !


PS. J'oubliais. C'est aussi très vulgaire de choisir un blog (et son vote) pour régler des comptes persos. Vous vous reconnaissez ?

mercredi 29 août 2007

LA PHRASE QUI TUE !



« Plutôt mourir que chanter 'Satisfaction' à 45 ans ! »


Mick JAGGER.

Je suis soudainement pris d'un fou rire intempestif!

SAINT OF ME ORIGINAL




Ça alors ! Dans cette contine un rien provocatrice, Mister Big lips nous octroie une confession. Mais chut ! Ne le répétez à personne !

Mick nous confesse avec solennité "vous ne ferez jamais un saint de moi " !

Bigre ! Cette nouvelle m' étonna au plus haut point. Celui qui tout au long de sa carrière a choisi une ligne de conduite irréprochable, a su éviter les excès en tous genres, n'a jamais cautionné la moindre apologie déviante tant au niveau sexe, drogue ou rock'n roll fut atteint par une crise de la cinquantaine subite, au moment ou ses fans s'y attendaient le moins. Quel cachottier ce Jag ! Moi qui le pensait au dessus de tous soupçons, hors de portée des tentations multiples de l'existence, et qui ait tout fait pour m'imprégner de sa philosophie minimaliste et monacale, je me suis senti un rien floué.


Mais la chanson reste fort belle, et constitue le dernier chef d'oeuvre discographique des Stones. Et j'ai depuis pardonné au Maitre Jagger de m'avoir fait quitter le droit chemin, celui qui mène théoriquement à la vérité ultime. Et j'ai adopté, désabusé, une quête similaire, suivant l'exemple de mon gourou stonien.

Et j'ai envie de dire la même chose: "vous ne ferez jamais de moi un saint". De toute manière, ça m'arrange au niveau pratique et pour le fun aussi. Car les saints me font beaucoup plus peur que les démons... et ce, d'expérience !


"SAINT OF ME" par THE ROLLING STONES en 1997.

SHOCK THE MONKEY



Lorsque l'archange Gabriel descendit des cieux, comme il le fit à l'endroit du prophète Mahomet en 612 après son prédécesseur, il me fit la révélation suivante.


"Shock the Monkey " n'est en rien une chanson vantant l'apologie de la cruauté envers l'espèce simiesque par le biais d'électrodes placés en certaines parties du corps particulièrement sensibles. Ni non plus, une apologie de la zoophilie. Que nenni !

"Shock the Monkey" parle de l'homme. Et bizarrement, d'amour. Mais pas du bel amour. De l'amour vache plutôt ! Celui qui avilit et dégrade les relations. L'artiste met en parallèle certains comportements humains qui dévalorisent les sentiments nobles véhiculés par l'amour courtois notamment, et les instincts primaires comme la jalousie, justement symbolisée par le comportement sauvage de certains primates.

Ca avait l'air pourtant simple, non ? Non ! Alors évident ? Non plus ! Et pourtant, c'est EXACTEMENT ce dont traite cette étrange chanson de Peter Gabriel qui depuis quelques temps déjà, se consacre aux bonobos...

C'est dire s'il en connaît un rayon sur les comportements des uns et des autres...


"SHOCK THE MONKEY" de Peter GABRIEL en 1982.

MEDITATION SUR L'ART



"L’artiste est créateur de belles choses. Révéler l’art et dissimuler l’artiste, tel est le but de l’art. Le critique est celui qui peut traduire en une autre manière les impressions que créent sur lui les belles choses. Le mode autobiographique est la forme de critique la plus haute, mais aussi la plus basse.
Ceux qui trouvent à de belles choses des significations laides sont corrompus sans être séduisants. C’est là une faute. Ceux qui trouvent à de belles choses des significations belles, sont des gens cultivés. D’eux on ne doit pas désespérer. Ceux pour qui les belles choses ne signifient que Beauté sont les élus.

Il n’existe pas de livre moral ou de livre immoral. Un livre est bien écrit ou mal écrit, un point c’est tout…

La vie morale de l’homme constitue une partie de la matière sur laquelle travaille l’artiste, mais la moralité pour l’art, réside dans l’usage parfait d’un médium imparfait. Aucun artiste ne désire prouver quoi que ce soit. Même des choses vraies peuvent être prouvées.

Nul artiste n’a de sympathies éthiques. Chez un artiste, toute sympathie éthique, est un maniérisme impardonnable. Nul artiste, n’est jamais morbide, un artiste peut tout exprimer. Pensée et langage constituent pour l’artiste des instruments de son art.

Du point de vue de la forme, le paradigme de tous les arts est l’art du musicien. Du point de vue du sentiment, c’est le métier du comédien. Tout art, est à la fois surface et symbole. Ceux qui plongent sous la surface, le font à leurs risques et périls. Ceux qui déchiffrent les symboles, le font à leurs risques et périls.
C’est le spectateur, et non la vie, qui reflète en réalité l’art.

La diversité des opinions suscitées par une œuvre d’art prouve que l’œuvre est neuve, complexe et d’importance vitale. Quand les critiques ne sont pas d’accord entre eux, l’artiste est en accord avec lui même.

On peut pardonner à un homme d’avoir réalisé une chose utile dès l’instant qu’il ne l’admire pas. La seule excuse à la réalisation d’une chose inutile, c’est qu’on l’admire intensément.


Tout art est parfaitement inutile".


Oscar WILDE.

A méditer profondément. Cette réflexion sert de préambule à "Peter Gabriel, l'Explorateur Multimédia".

MOT D' ARTISTE



"Très tôt j'ai décidé que j'allais mentir à la presse. La meilleure méthode pour parler de ma vie privée c'est le mensonge".


Nick NOLTE.

mardi 28 août 2007

PETER GABRIEL BIOGRAPHY EXTRAIT 5





LE VISIONNAIRE
VIDEO…



"Peter Gabriel a fait appel à une pléiade de « poètes visuels », plus précisément, onze plasticiens, afin d’illustrer les chansons de l’album, par leur interprétation personnelle. Ces œuvres seront présentées lors de l’exposition d’art britannique contemporain de 1993, et, dans le cadre d’une manifestation spécifique au Japon. Les possesseurs du disque peuvent contempler à loisir, les ouvrages singuliers réalisés par ces très talentueux visionnaires, enrichissant singulièrement l’esthétique du support. Et ça n’est pas tout. Avec l’illustration photographique, Peter Gabriel s’entourera d’une équipe de cinéastes chevronnés, dans le but de réaliser des films atypiques et très originaux, largement associés aux nouvelles technologies informatiques et numériques afin de mieux visualiser ses divers tourments discographiques. Parallèlement au CD classique, une cassette vidéo sera commercialisée quelques mois après la sortie de « Us », regroupant tous les titres de l’album illustrés par l’imagerie digitale.


« Digging in the Dirt », dont la réalisation a été confiée à Michael Coulson, a obtenu un nouveau Grammy Award, très amplement mérité. Sur le plan technique, le clip constitue une véritable gageure, la profusion d’idées de Peter Gabriel et de Coulson, repoussant incessamment les limites du genre. A travers ses vidéos clips, Gabriel renoue avec le cinéma, et, conjuguant habilement les talents de multiples artistes, il s’éloigne des sentiers battus, s’aventure en terrains inconnus, déchaînant ainsi sa créativité. Le tournage de « Digging in the Dirt » l’atteste à lui seul. Certains plans de la réalisation ont nécessité à eux seuls, neuf superpositions de paysages ou de décors différents, et la mise en scène alterne scène accélérée (500 images secondes), et ralentie (1 image toutes les 7 heures), avec une redoutable efficacité. Pourtant les principales difficultés ne furent pas occasionnées par des considérations technologiques, ni humaines mais… animales. En effet, l’une des séquences, apparemment anodine, constitua un véritable parcours du combattant et une épreuve physiquement épuisante. Peter Gabriel est cloué au sol et complètement immobile ; son corps est alors parcouru ça et là, par d’inoffensifs escargots. John Downer, régisseur du clip nous l’explique, en 1994 : « La séquence avec les escargots est absolument géniale. Grâce à la patience de Peter, on est allé beaucoup plus loin que ce qui était prévu. C’est un vrai plaisir de travailler avec lui, il ne sait pas dire non… A l’origine, cela devait se limiter à des escargots rampant sur son oreille… ». L’espèce des gastéropodes concernés, les « petits gris », possède une caractéristique tout à fait spécifique et pour le moins inconfortable : ils sont affublés d’une langue très râpeuse, dont le contact fait penser à du papier de verre frotté sur la peau, leurs mâchoires fonctionnent comme une tronçonneuse, et leurs petites dents se piquent dans la chair. Cela n’a pas empêché l’artiste extrémiste de rester immobilisé pendant des heures, les escargots plantant leurs crocs sur sa bouche, ses paupières ou ses yeux ! La production fut impressionnée par son professionnalisme, son humour et sa disponibilité. L’homme ne supporte pas la passivité, et même s’il confie à d’autres la réalisation technique de ses idées excentriques, son « interventionnisme » lors de l’élaboration des projets proposés, reste légendaire. Peter Gabriel, en 1994 : « J’envoie des enregistrements de mes chansons à différents artistes qui s’en inspirent ensuite pour créer une œuvre. Je trouve ça passionnant de voir comment ils interprètent ma musique à travers leurs créations… ». Michael Coulson, en 1994 : « Au fil de ma collaboration avec Peter, j’ai pu me rendre compte qu’il aime participer activement à l’élaboration de l’aspect visuel du clip ; mais pendant le tournage, il a horreur de rester planté comme un idiot ou de faire tel ou tel geste sur commande ; ce qu’il aime c’est avoir une certaine liberté d’action. Tout va bien quand il sait qu’il peut évoluer librement devant la caméra ; mais quand il sent que l’ambiance n’est pas bonne sur le plateau, il n’est pas à l’aise, se sent observé et analysé. Il n’aime pas trop ça… ».



Pour l’élaboration du clip « Kiss That Frog », il a puisé son inspiration dans un conte pour enfants. En 1994 : « Pour cette chanson, l’inspiration m’est venue d’un livre de Bruno Bettelheim, « La Psychanalyse des Contes de Fées ». Je m’intéressais à l’impact psychologique des différents contes de fées ; pour moi, l’histoire de la princesse et de la grenouille, illustre parfaitement ce qui devrait se passer en matière de sexualité. Une fois que la princesse parvient à accepter l’idée de l’apparence extérieure de la grenouille, et qu’elle éprouve de l’amour pour elle, celle-ci se transforme en prince charmant. C’est là une merveilleuse métaphore. Peu importe l’apparence extérieure pour atteindre le bonheur et l’épanouissement ; au delà de l’allusion du conte de fées, « Kiss That Frog » constitue une formidable introduction à la sexualité… ».


De fait, ses productions vidéo constituent de véritables œuvres d’art, d’authentiques merveilles visuelles, conçues dans un but purement artistique, au mépris de toutes considérations commerciales ou lucratives. Les idées véhiculées par l’artiste s’avèrent toujours plus audacieuses et symptomatiquement plus intrépides que les productions usuelles de la concurrence rock. Michael Coulson : « Peter a toujours essayé de donner un nouveau visage à la musique et au vidéo clip. Ça n’est pas quelqu’un d’obnubilé par le succès et les retombées commerciales ; il est constamment à la recherche d’un nouveau langage visuel. En ce moment, il est en train de créer une sorte de connexion entre l’art et la pop music… ».


Quelques exemples édifiants : lors du tournage du clip « Blood of Eden », il a supervisé toutes les phases de création, archivant les séquences tournées avec Sinead O’Connor sur PC, ceci avec une avance singulière sur ses contemporains. Michael Coulson : « Peter se qualifie lui même, d’agresseur passif. Quand il trouve que les choses ne se passent pas exactement comme il le souhaiterait, il essaie de vous imposer sa façon de voir. Mais c’est tout de même très agréable de travailler avec lui, car il a une vision peu habituelle des choses ; il vous surprend en permanence, mais vous laisse aussi la chance de le surprendre lui… ». La réalisation de « Steam » mérite, elle aussi, toutes les louanges. Le clip débute dans l’esprit et la forme d’un dessin animé du Tex Avery des grands jours. Une voiture d’une longueur sans fin déboule devant un somptueux palais. Gabriel descend de son véhicule, arborant une attitude de pop star inaccessible, accompagné d’un admirable top model devant un parterre de fans en liesse, dont certains sont piétinés par la diva égocentrique. Franchissant le perron du majestueux établissement, les deux personnages arrogants se retrouvent complètement nus, dans un paradis terrestre réalisé en images de synthèse… L’humour, la causticité et la satire du titre sont ainsi illustrées par des technologies extraordinairement sophistiquées. D’aucuns ont qualifié Peter Gabriel d’opticien vidéo, ou de précurseur visionnaire : « J’ai toujours beaucoup aimé l’animation ; dans ce domaine, les possibilités de donner libre cours à son imagination sont illimitées », disait-il en 1994. Michael Coulson se vante d’avoir scanné le visage de l’artiste sur support informatique, le digitalisant, lui permettant ainsi de le confronter à des environnements multiples et inconnus. De fait, à l’avenir, l’artiste pourrait évoluer dans des œuvres non encore réalisées, en l’absence de sa propre présence physique. Gabriel commente l’anecdote avec cet humour qui lui est si propre : « C’est vrai, il paraît qu’ils ont fait ça. C’est une bonne idée…Mais il faut quand même quelqu’un pour bouger les lèvres, mais peut-être qu’ils feront un meilleur boulot que moi… ».".


.../...


Extrait de "Peter Gabriel, l'Explorateur Multimédia" de FB, The Intruder. Texte protégé (NPI).


lundi 27 août 2007

PETER GABRIEL BIOGRAPHY EXTRAIT 4




"MUSIQUE SANS CUIVRES,
NI CYMBALLES"…



"Courant 1979, l’obscurantisme étouffe le monde. L’Iran s’est enfin libéré du Shah, mais les fondamentalistes musulmans l’ont remplacé. Les Américains sont humiliés à Téhéran et Jimmy Carter est remplacé par Ronald Reagan, très mauvais acteur de série B, puis syndicaliste hollywoodien douteux, et pour finir, gouverneur conservateur et très réactionnaire de l’état de Californie. La révolution libérale et la lutte contre l’« Empire du Mal » sont en marche. A la suite d’un coup d’état douteux à Kaboul, l’URSS envahit l’Afghanistan. Le conflit sanglant durera jusqu’en 1989. La CIA s’en mêle… Ainsi apparaîtront les Taliban et un certain Oussama Ben Laden, qui remerciera l’Amérique pour tous les services rendus à coups de Boeing 767, en septembre 2001… L’Irak de Saddam déclare la guerre à l’Iran de Khomeiny, avec des millions de morts à la clé. Le sida, qui ne s’appelle pas encore ainsi, fait officiellement son apparition. Au même moment, Fidel Castro vire les homos ou autres « indésirables » de Cuba. Au Nicaragua, les Sandinistes de Daniel Ortega renversent Somoza, et se feront un plaisir de liquider le dictateur corrompu lors de son exil forcé. En Italie, les lois d’exception sont promulguées afin d’anéantir les Brigades Rouges, et ainsi débuteront ces fameuses années de plomb. Bientôt, un scandale sans précédent ébranlera le pouvoir italien, avec la faillite de la Banque Ambrosiano, mêlant certains prélats du Vatican, la Loge P II et l’Opus Dei… En France, la mort du ministre Robert Boulin, retrouvé « suicidé » dans une flaque d’eau, éclabousse singulièrement le ministre de la justice d’alors, Alain Peyrefitte et occasionne un scandale retentissant. L’exécution très opportune de l’ennemi public numéro 1, Jacques Mesrine, n’empêchera pourtant pas le septennat giscardien de s’achever dans la déliquescence, les différentes « affaires » non élucidées prenant le pas sur le débat politique… Et puis, il y a les affaires courantes, les Africains, Indiens, Pakistanais ou autres Bengalis crèvent toujours de faim ou de malnutrition, quand des guerres stupides et ancestrales n’aggravent pas le désastre. Le génocide perpétré par Pol Pot a fait disparaître la moitié de la population du Cambodge et les "Boat People" vietnamiens, qui ont échappé aux exactions des pirates de la mer de Chine, s’échouent chez qui veut bien les accueillir : tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes !

Ainsi naîtra une des décennies les plus sombres de l’histoire du vingtième siècle, et par delà une des plus indigentes sur le plan musical. Les événements précités auront une influence considérable sur le plan artistique. L’effet de la révolution iranienne sera tout d’abord économique. En augmentant le prix du pétrole d’une manière astronomique, Khomeiny va affaiblir brutalement les économies mondiales déjà bien fragilisées par le précédent de 1973 : le chômage atteindra des niveaux record, notamment en Europe, et va ainsi raviver les tensions internationales, faisant régresser les idées novatrices des précédentes décennies. Reagan au pouvoir, c’est l’avènement de l’ultra libéralisme, et la fin des studios indépendants à Hollywood, auparavant initiés par les Coppola, Lucas, Spielberg, Scorsese et consorts. La faillite d’United Artists, occasionnée par les bides retentissants de « La Porte du Paradis » de Michael Cimino, ou du « Raging Bull » de Martin Scorsese avaient été prétendument à l’origine de cette restructuration drastique… En Angleterre, Thatcher est élue. La « Dame de Fer » porte magistralement son nom ; les grèves des mineurs sont cassées, les acquis sociaux volent en éclats, les libéraux entreprennent le démantèlement des services publics, Bobby Sands et ses amis de l’IRA crèvent dans les geôles britanniques, les années vont être vraiment dures pour tout le monde. La France marche toujours à contre courant et élit Mitterrand ; la désillusion de la Gauche traditionnelle n’en sera que plus forte…


C’est donc dans ce contexte particulièrement réjouissant que débutent ces fameuses années 80. Tous les systèmes de valeurs postérieurs véhiculés par la contre culture des seventies vont accuser sérieusement le coup. Un hasard peut être, mais un événement lourd de symboles avait d’ores et déjà annoncé ce bouleversement. En décembre 1980, John Lennon meurt d’une overdose de plomb, devant son domicile new-yorkais. L’assassinat du légendaire "working class hero" prenait une résonance particulière dans ce sinistre contexte, et retentissait ainsi comme un avertissement solennel et inquiétant. The dream was really over… La frilosité devenait dès lors un concept philosophique. Ce qui était novateur auparavant, les idées révolutionnaires ou progressistes, va devenir suspect et se retrouver à l’origine du déclin de l’Occident, selon les théoriciens du néo-libéralisme économique, ou des apôtres sournois de l’apocalypse. Ce qui sera dorénavant moderne, sera le superficiel, l’anodin, le furtif, le futile… Bref ! Le fric et le toc ! La scène rock va durement s’en ressentir : les punks n’ont pas survécu, Sid Vicious, après avoir shooté Nancy, s’est injecté la dose fatidique. Les dinosaures ont cette fois bel et bien disparu, ou sont gravement malades. Les querelles d’ego au sein du Pink Floyd, éradiquent tout l’intérêt qu’avait suscité le groupe mythique de l’UFO, épuisant la créativité originelle du groupe. Le dirigeable du Led Zeppelin s’est lamentablement crashé avec la mort de son fabuleux batteur, John Bonham. Bad Times, Good Times! Les Rolling Stones viennent de sortir leur pire album, « Emotional Rescue », et Philippe Manœuvre écrit alors judicieusement, qu’ « Il est minuit, Docteur Jagger ». La nouvelle scène pop en vogue, c’est la new wave et ses figures emblématiques de l’époque : Siouxsee and the Banshees, Human League, Orchestral Manœuvre in the Dark, New Order, Depeche Mode, Ultravox, Simple Minds ou autres bouffonneries post punk. D’autres formations à tendance moins « électronique » connaissent un succès fugace avec le ska, variante de reggae dopé aux amphétamines: The Specials, Madness ou UB 40. Mais c’est bien le groupe Police qui est devenu la coqueluche de ces eighties naissantes, combinant habilement pop traditionnelle, et rythmique jamaïcaine. David Bowie, après Ziggy Stardust, et ses errances soul ou berlinoises, peaufine sa légende schizophrénique et narcissique, entretenant constamment son image d’avant-gardiste supposé, et si opportuniste… D’autres rescapés des seventies sévissent encore, notamment, Queen ou Supertramp, très certainement les plus insipides, malgré leurs succès respectifs indéniables. L’anachronisme, la frime et l’esbroufe constituaient ainsi le legs pathétique d’une époque héroïque…

Peter Gabriel a bien conscience de tout ce fatras, et une personnalité aussi sensible que la sienne n’a pu rester indifférente à tous ces bouleversements draconiens. Après l’échec relatif de son tome deux, il se remet une nouvelle fois radicalement en question. Il sait qu’il n’a toujours pas trouvé sa voie en tant qu’artiste atypique, désireux de se singulariser du show business ambiant. Il a bien compris que ses deux premières tentatives ne l’ont pas enthousiasmé pour une raison évidente : ses deux disques ne sont pas fondamentalement originaux, ce sont des disques rock de facture courante, qui plus est produits par deux très fortes personnalités qui ont imposées une marque identifiable certes, mais la leur ! Ca n’est toujours pas le « son » Gabriel. Une idée va l’entêter, du moins un concept : « musique sans cuivres, ni cymbales »…

Peter avait constaté, et ceci avec une grande lucidité, que toute l’histoire musicale institutionnelle était fortement imprégnée de l’omniprésence de cuivres, dans la musique classique, la chanson populaire, ou la variété standardisée. Il en était de même dans le registre blues, jazz ou rock, ou là, les cymbales étaient largement associées aux rythmiques plus dynamiques de ces formes musicales bien plus actuelles. Selon lui, on avait éludé l’aspect fondamental des rythmes tribaux, décidément un sujet auquel il était toujours fortement attaché. D’ou une idée (déjà mise en application avec un succès certain par le groupe Talking Heads en 1980, et leur album « Remain in Light » notamment) qu’il n’aura de cesse de promouvoir: associer la culture africaine ou plus généralement les rythmes séculaires de civilisations ancestrales, aux technologies électroniques les plus poussées. De fait, technology meets authenticity… En 1996, il cite : « Je suis une vraie tête chercheuse, toujours à l’affût d’idées nouvelles… »… On ne saurait le contredire à ce sujet…

Pour ce faire, il va collaborer avec Steve Lilywhite, producteur en vue de la scène anglaise new wave, de manière à concrétiser cette thèse novatrice à bien des égards. Lilywhite est un jeune producteur en vogue, avec qui les rapports seront beaucoup plus souples qu’avec Fripp. Enfin Peter Gabriel sera le boss, seul maître à bord au niveau des décisions formelles. Le producteur mettra en forme les idées de l’artiste, et pour le coup c’est une orientation radicale prouvant que Peter Gabriel commence à s’affirmer dans ses choix, sans avoir besoin de se conforter auprès d’individualités fortes. Un cap est visiblement franchi.

Associé à Lilywhite, le disque est mis en chantier en été 1979. Participent à l’entreprise, Tony Levin et John Giblin à la basse, Jerry Marotta à la batterie, Morris Pert aux percussions, Larry Fast aux synthés, Dave Gregory à la guitare tout comme David Rhodes, qui comme Tony Levin ne lâchera plus Gabriel, et Dick Morrissey au saxophone. En guests, Phil Collins ou la mythique Kate Bush qui officie en backing vocals. Paul Weller, leader de Jam apporte sa contribution (et la caution rock) dans un morceau d’inspiration mod. Ce dernier avait été pressenti pour figurer en tant que lead guitariste dans l’aventure, mais le planning insensé de son groupe très en vogue alors, lui interdisait formellement cette initiative pourtant flatteuse. Robert Fripp coopère en tant que guitariste additionnel. L’ingénieur du son est Hugh Pagdham, prestigieux sorcier de l’électronique, à la touche unique, et reconnu de tous. Une affiche alléchante, dont le résultat surprenant, confirmera toutes les promesses. L’album est enregistré à Bath, où Peter Gabriel séjourne dorénavant. Il a demandé à Lilywhite et Pagdham de transporter leur studio mobile dans la petite ville où il réside, et « qui lui rappelle tant l’Italie », dans ses propres murs, sûrement pour lui, une façon de se sentir protégé et réconforté. "Home, Sweet Home", toujours ce sempiternel désir d’être constamment rassuré…


C’est sans tension que l’album est promptement enregistré, et fin automne 1979, il est bouclé beaucoup plus rapidement que les deux précédentes tentatives. On ne sait rien, ou pas grand chose de son contenu. La presse spécialisée a évoqué quelques fois avec sarcasmes, cette fameuse théorie de musique « sans cuivres, ni cymbales », cette nouvelle lubie de Gabriel ! Mais, l’on aurait tort de se gausser, l’homme tient toujours parole.


En mai 1980, un hit atypique et complètement à contre courant s’infiltre sur les ondes, un morceau mystérieux qui surprend les auditeurs par son côté incongru : « Games Without Frontiers », étrange ballade électronique, bourrée de bruitages hallucinants et inconnus jusqu’alors, et en sus, les vocaux étranges d’un Peter Gabriel inédit ou d’une Kate Bush, tout aussi surprenante qu’à l’accoutumée. Ce morceau complètement allumé, révolutionnaire à certains égards de part son architecture, va se vendre à des millions d’exemplaires, et ce contre toute attente. Il fallait une sacrée dose d’originalité et d’inconscience, ou une confiance en soi absolue pour imposer un single aussi audacieux, et presque avant-gardiste… surtout lorsqu’on connaît ce qui a inspiré Peter Gabriel.
« Games Without Frontiers », même pour les plus anglophobes, est facilement traduisible : « Jeux Sans Frontières »… Le lecteur blasé pensera fatalement à ce monument de ringardise télévisuelle au succès pourtant européen. Gabriel s’est bel et bien inspiré de ces lamentables pitreries anachroniques qui sévissaient sur les télés internationales, pour créer une chanson ironique et satirique, enrobée de la technologie musicale la plus pointue. L’avant-garde flirtait avec le sommet du populisme! Le concept absolu du mouvement surréaliste. Il fallait le faire et surtout, réussir à le sublimer… Et puis quel bonheur d’entendre Kate Bush susurrer « Jeux Sans Frontières », dans un français approximatif…


Gabriel est un artiste délibérément imprévisible, et son inspiration toujours étonnante. Cette chanson fera toutefois l’objet d’une censure à la BBC ; un vers du single, « We piss on the goons in the jungle », littéralement « Nous pissons sur les cadavres dans la jungle », jugé trop cru sera interdit de diffusion à l’antenne. S’inspirant d’actualités télévisées et d’images de guerre du Vietnam, où des Gi's enragés, urinaient sur les cadavres encore fumants de soldats vietnamiens, Gabriel hurlait sa colère devant l’exhibitionnisme malsain de certaines scènes trop complaisamment démonstratives de la real TV naissante, ou de journaux à sensations morbides. La censure ne fut heureusement pas appliquée dans l’album. Ce titre était l’avant goût surprenant de l’opus trois, sans titre encore, qui paraîtrait fin mai. Ce qui saute immédiatement à l’oreille, est l’omniprésence des percussions . En effet, inversant le processus usuel de création musicale, Peter Gabriel a vertébré ses chansons sur l’ossature rythmique de chaque morceau, créant postérieurement les thèmes mélodiques. Cette technique va devenir un gimmick récurrent chez l’artiste, une espèce de marque de fabrique déposée….

Le 30 mai 1980, Peter Gabriel «3 » est enfin disponible dans les bacs des disquaires, et c’est le coup de massue. La pochette une fois de plus monochrome, représente Peter Gabriel, photographié de face, la moitié gauche de son visage apparaissant liquéfiée… Encore une fois la teneur de l’album sera très sombre.


« Intruder » débute, une batterie métronomique fortement appuyée (c’est Phil Collins qui est aux baguettes !)… Un son monstrueux et immédiatement identifiable, par son originalité. Des notes de pianos semblant désaccordés, se mêlent aux percussions, et des bruitages insolites scindent le tout. Effectivement aucun son de cymbales, et pas de cuivres non plus… le concept de Gabriel n’était donc pas une idée en l’air. « No Self Control », ensuite, est l’histoire d’un sinistre individu qui ne peut s’empêcher de frapper sa compagne, des vocaux de Kate Bush surprenants, et une originalité dans la structure même du morceau saisissante… « I Don’t Remember », une envolée lyrique au sax, suivi d’un rock rageur hurlé par Gabriel… et toujours ni cuivres ni cymbales. « Family Snapshot », inquiétante parabole évoquant les névroses d’un individu qui veut tuer un homme politique, afin de quitter l’anonymat et se sentir enfin exister (Hommage à « Taxi Driver » ?). « And Through the Wire”, épopée rock, et une prestation fabuleuse de Paul Weller… back to the Mods… ”Games without Frontiers”, le single atypique… “Not One of Us », et son solo de batterie stylisé Keith Moon… « Lead a Normal Life », thème minimaliste sur la vie en hôpital psychiatrique… et enfin « Biko”, nouvel hymne de notre héros, qui semble-t-il marque une étape décisive dans la carrière de Peter Gabriel, et va mettre en exergue une facette jusqu’alors inconnue de sa personnalité: son fervent attachement aux droits de l’homme, et ses convictions politiques. Le morceau débute par un chant africain. Puis des cris inhumains viennent parasiter l’ensemble. Un riff de guitare angoissant, vient plomber définitivement l’ambiance délétère, et des cornemuses imprévues résonnent en background… « Biko” est un hommage appuyé au militant noir Steve Biko, catapulté sans parachute du septième étage d’un commissariat de Port Elizabeth, en septembre 1977. Chant éminemment engagé, « Biko” deviendra l’hymne anti-apartheid définitif, il sera adopté par Amnesty International, et un clip promotionnel sera réalisé à la sortie du film « Cry Freedom » de Richard Attenborough, évoquant la vie du martyr de l’ANC, en 1987. Pour Peter Gabriel, ce morceau marque une étape déterminante dans sa carrière artistique : de par sa simplicité ultime, « Biko” est le genre de titre parfait, qui entre dans les esprits immédiatement. Il a révélé au grand public cet aspect de la personnalité de l’artiste jamais mis en avant auparavant, l’engagement humaniste… Cela apparaîtra peut être comme un raccourci audacieux, mais de par son efficacité, son universalité et sa sensibilité propre, « Biko” est en quelque sorte l’ « Imagine » de Peter Gabriel… Qui plus est, il impose à l’auditoire un type de format musical de grande audace artistique, difficilement envisageable peu de temps auparavant… En 1989, il évoque son attachement réel à la chanson : « Si je devais choisir une seule chanson entre toutes, ce serait sûrement « Biko », pour son contenu, son impact émotionnel et aussi pour sa simplicité. Musicalement parlant, cette chanson a été un tournant pour moi… ». L’évolution depuis 1977 apparaît maintenant flagrante, et il semble acquis que Peter Gabriel ait enfin trouvé sa voie… Il vient d’inventer un son, un style musical innovant. Il a concrétisé son idée folle, amalgamer les sons primitifs à la plus haute technologie avec bonheur, rendant cette musique quasi expérimentale accessible au plus grand nombre. Le Peter Gabriel nouveau est (enfin) arrivé…".



Extrait "Peter Gabriel, l'Explorateur Multimédia" par FB, The Intruder. Texte protégé (NPI).

PETER GABRIEL BIOGRAPHY EXTRAIT 3


BIRDY…


"En 1983, Reagan finance les Contras, opposants des sandinistes au Nicaragua, dirigés par le Commandant Zero (ça ne s’invente pas !). Décidé à en découdre définitivement avec « l’Empire du Mal » communiste, Ronnie envahit la « redoutable » île de la Grenade, dans le but d’impressionner le maître du Kremlin d’alors. En effet, après la mort de Brejnev, Andropov ancien directeur du KGB, est devenu le nouveau dirigeant de l’URSS. C’est à ce moment précis qu’un appareil civil de la Korean Airlines survolant le territoire russe, est abattu par un missile soviétique, occasionnant la mort de centaines d’innocents. Le KGB toujours parano, était alors convaincu d’une attaque nucléaire imminente de l’Oncle Sam, et la tension Est-Ouest atteignait son paroxysme… Quelques années plus tard, d’aucuns affirmeront que l’avion de ligne bourré d’électronique, avait été utilisé comme appareil d’espionnage par les services secrets américains, ceci, à l’insu de tous… et que le monde avait véritablement frôlé un troisième conflit planétaire, cette fois atomique. Au Liban, les forces d’interposition américaines et françaises sont victimes de camions kamikazes bourrés d’explosifs, qui pulvérisent leurs QG respectifs (selon la version officielle). Plusieurs centaines de soldats français et américains périssent dans l’attentat. Mitterrand, suscitant l’admiration de tous, se rend sur les ruines fumantes de l’édifice, constatant les dégâts avec amertume. Peut être, est ce alors un moyen d’échapper aux si dures réalités françaises, tant financières que politiques. Jacques Delors impose un régime drastique à l’économie nationale par un plan de rigueur monétaire et fiscal, qui sauvera le pays d’une faillite annoncée, mais décrédibilisera l’idéologie historique du parti socialiste, au pouvoir depuis moins de deux ans. Cependant, un groupuscule populiste des années 70, dirigé par un borgne démago, fédère le mécontentement des nouveaux poujadistes aux élections municipales de Dreux, suscitant surprise et consternation… Pour le reste, les affaires courantes perdurent dans leur sinistre banalité : Palestiniens et Israéliens continuent à se trucider, les « exploits » d’Ariel Sharon à Sabra et Chatila hantent toujours les esprits, le sida porte enfin son nom et commence à sévir au delà de la communauté homo, faisant un carton inespéré au box office africain… La guerre de Saddam contre Khomeiny atteint des sommets dans l’horreur, le dictateur irakien n’hésitant pas à utiliser l’arme chimique contre l’ennemi iranien. Mais l’Occident se frotte les mains, jamais les ventes d’armes n’ont étés aussi prolifiques et lucratives… Sur un plan purement technologique, un événement de taille va marquer l’année, l’avènement du disque laser et sa future commercialisation. Inventé par Philips, l’objet nommé désir, ressemblait furieusement à l’Arlésienne. Là, il devient réalité. Baptisé Compact Disc, ou CD, ce support suscitera l’enthousiasme au tout début : plus fonctionnel et soi-disant impossible à rayer, ses spécificités techniques, apparemment, pulvérisent les caractéristiques du vinyle. Pourtant l’objet est tout sauf sexy : son boîtier plastique ressemble à un emballage aseptisé, et puis, c’en est terminé des pochettes ambitieuses, élaborées en 30 centimètres. Les puristes ne s’habitueront jamais au caractère réfrigérant du son binaire, préférant les bons vieux amplis à lampes et les platines associées aux galettes de vinyle… Il n’empêche, une époque s’achève bel et bien, on entre de plain pied dans l’ère numérique et du multimédia.

Le double album « Highlights »de Peter Gabriel, apportera un témoignage vibrant de la tournée 1982/83. Sur le disque figure un inédit de l’auteur, interprété live, « I Go Swimming ». Le disque relate avec fidélité l’atmosphère surréaliste de ces fameux concerts. Toujours aussi honnête et scrupuleux, Gabriel donne des informations essentielles sur le revers de la pochette, indiquant que certaines parties sonores inaudibles dans l’enregistrement public, ont été intercalées en studio. La production de l‘album a été confiée à Peter Walsh qui deviendra à ce titre le spécialiste des enregistrements live de l’artiste de Bath, ses compétences dans le registre se révélant tout bonnement exceptionnelles.


La même année, un titre de Peter Gabriel figurera pour la première fois dans une œuvre cinématographique, « Against All Odds » (« Contre Toute Attente ») de Taylor Hackford, blockbuster imprévu à l’atmosphère enfiévrée et l’érotisme torride, interprété par Jeff Bridges, Raquel Ward et l’énigmatique James Woods. Ce morceau intitulé « Walk Through the Fire », dans lequel Gabriel s’était associé pour l’occasion au mythique Nile Rodgers de Chic, était fortement imprégné de ses tendances musicales du moment ; la chanson restera néanmoins confidentielle, et apparaîtra fortuitement au gré de compilations filmiques incertaines. Par contre, un single extrait du film deviendra un succès considérable. Il s’agit du très célèbre slow écrit et interprété par… Phil Collins, « Against all Odds » (titre éponyme du film), sirupeux à souhait, et particulièrement adapté à l’ambiance générale de la réalisation du tâcheron hollywoodien. Collins s’est engagé lui aussi dans une carrière solitaire, prolongeant ses activités avec Genesis, et occasionnellement sa carrière de jazzman avec sa propre formation, Brand X. Son premier album, « Face Value » connut un retentissement certain en 1981, avec son single devenu maintenant classique, « In the Air Tonight », fortement inspiré dans la forme … d’un titre de Peter Gabriel.


En 1984, Gabriel sera sollicité à nouveau par un metteur en scène britannique, qui lui demandera de réaliser la BO de son nouveau film, « Birdy », Alan Parker. Parker a beaucoup fait parler de lui quelques années auparavant. Réalisateur issu du monde publicitaire, il met en scène un premier film en 1975, « Bugsy Malone », comédie musicale dont le sujet évoque la prohibition américaine des années 30, et interprétée uniquement par des enfants (dont une très jeune Jodie Foster !), le règlement de comptes final s’achevant à grands coups de… tartes à la crème. Le succès fut furtif, mais sa notoriété d’excellent professionnel, donc potentiellement prometteur, permettra à Parker de réaliser une œuvre pour le moins controversée en 1978, « Midnight Express ». Le film retrace l’histoire terrifiante mais malheureusement authentique de William Hayes, jeune yankee imprudent qui va commettre une boulette terrible en tentant de faire passer quelques plaquettes de haschisch, via la frontière turque. Cette fois le succès sera incontestable, mais le film provoquera la fureur des autorités et de la communauté turques à travers le monde. Dans cette réalisation sans nuances, Parker dénonce la condition carcérale inhumaine des détenus en Turquie, ce qui jusque là s'apparentait à une évidence absolue. Mais là ou le bât blesse, c’est la démonstration à bien des égards raciste du réalisateur. Les autochtones sont traités de porcs à plusieurs reprises, présentés comme des personnages vils, retors, corrompus, cupides, ou lâches, tous foncièrement haïssables… bien que subissant des traitements analogues à ceux infligés aux prisonniers occidentaux. Le gouvernement turc rappellera plusieurs ambassadeurs à la suite du tapage occasionné, l’incident diplomatique étant bien réel. Le scandale a laissé des stigmates certains et indélébiles sur l’opinion publique occidentale à l’égard de la Turquie.



En 1982, Parker a adapté à l’écran le disque le plus emphatique du Pink Floyd, « The Wall ». Bien que présenté à Cannes, le film, épaulé par une sonorisation démentielle, dans le but évident d’épater la galerie (l’illustre sono quadriphonique du groupe avait été utilisée pour l’occasion), recevra un accueil plus que mitigé de la part du public blasé du festival. De toute façon, Roger Waters créateur du concept album s’est brouillé à mort avec le réalisateur au vu du résultat définitif. Les tourments schizophréniques du leader du groupe paraissaient singulièrement égocentriques et embrouillés dans le disque, et le film ne faisait qu’amplifier l’impression de lourdeur abyssale de l’ensemble. De fait, quelques scènes sont à peu près récupérables, mais principalement, seules les animations somptueuses de Gerald Scarfe occasionnent de réelles surprises dans cette réalisation ampoulée. Le message névrotique et très obscur du concepteur de « l’œuvre » passait toujours aussi péniblement, et les happenings néo-nazis des skinheads britanniques étaient diversement appréciés. La pesanteur des « démonstrations » de Parker entraient alors définitivement dans la légende cinématographique. Une autre réalisation du réalisateur britannique présentée presque simultanément, « Shoot the Moon », relatant les frasques existentielles d’un couple en pleine décomposition, allait confirmer spectaculairement cette triste réalité.


Peter Gabriel est pourtant impressionné par le travail du metteur en scène, il sait avec bonheur marier la musique à l’image, cela reste incontestable. Le thème original de « Birdy » nous narre le très pénible traumatisme vécu par un jeune homme autiste, passionné par les oiseaux, mais choqué très tragiquement par les abominations de la guerre. Son ami d’enfance gravement défiguré, Al, va être chargé de le sortir de sa prostration, pour certains, inéluctable. Le film constitue l’adaptation cinématographique du roman éponyme de William Wharton.


On imagine volontiers comment la personnalité d’un Peter Gabriel, a pu percevoir tout l’intérêt artistique qu’il pouvait tirer d’une histoire de cet acabit. Lui même ne s’est-il pas senti si souvent isolé dans ses nimbes, incapable de communiquer avec les enfants de son âge, intimidé par les filles dans son adolescence, et si souvent perçu avec suspicion ou défiance par ses pairs, lorsqu’il élaborait ses audacieux concepts… L’histoire de « Birdy » lui était tout naturellement destinée, et Parker lui a confié la tache d‘illustrer ce drame psychologique poignant… L’affiche avait toute les raisons d’être attrayante : Matthew Modine interprétait « Birdy », et une future star des années à venir, l’incomparable Nicolas Cage, son ami défiguré. En opportuniste avisé, Parker avait sciemment situé l’action du film pendant la Guerre du Vietnam (dans le roman, le conflit évoqué n’apparaît jamais !), le concept étant très en vogue à l’époque. En effet, après « Apocalypse Now », ou « Voyage au Bout de l’Enfer », le réalisateur anglais estimait lui aussi, devoir apporter sa pierre à l’édifice cinématographique évoquant le bourbier sud asiatique. Mais Parker ne sera jamais Coppola, Cimino, ni même Stone, et le film, complètement terne, débarrassé de ses artifices visuels et sonores, n’évite malheureusement aucun poncif, n’élude aucun cliché, et véhicule tous les sentiments les plus éculés dans chacun des domaines évoqués. La réalisation obtiendra toutefois le Prix de la Mise en Scène à Cannes en 1985, permettant à Parker de conquérir une reconnaissance ponctuelle, et à Peter Gabriel de se distinguer notoirement dans ce nouveau registre musical auquel il restera fortement attaché. En 1994, il confiait : « J’ai toujours été un fan de cinéma. Quand j’étais encore au lycée, j’ai du choisir entre faire une école de cinéma, ou poursuivre ma carrière musicale. Aujourd’hui, j’ai la chance de créer des musiques de films pour des réalisateurs aussi prestigieux que Martin Scorsese ou Alan Parker. Pour moi, c’est une occasion fantastique d’être présent dans la salle de montage et de les regarder travailler, et de me sentir impliqué dans le processus… ».

Le travail de l’artiste sera une nouvelle fois singulier. Au lieu de créer une bande originale inédite, Gabriel « piochera » dans le stock pharamineux des soundtracks, issues de son studio, véritable caverne d’Ali Baba sonore, ou coexistent toutes sortes d’enregistrements pour certains inédits. Mais la majeure partie de la bande « originale » de « Birdy » sera composée de remix extraits de l’album IV, et de variations sur « Family Snapshot » ou bien, « Not One of Us », extraits de l’opus III. Peter Gabriel ôtera les parties chantées, ou les remplacera ostensiblement par des improvisations ou des vocalises, accentuant le climat délétère de certaines scènes du film. Le son sera totalement modifié, l’impression acoustique de claustrophobie initiale amplement accrue. L’environnement sonore si singulier est le fruit du travail de Daniel Lanois, producteur canadien ayant participé à l’enregistrement du dernier album de U2, « The Unforgettable Fire », réussite incontestable du groupe irlandais. L’homme possède d’évidentes qualités humaines et une solide formation musicale. L’alliance de son professionnalisme reconnu de tous, ainsi que son grand sens artistique ne pouvait que séduire l’auteur fantasque de Bath. Sa réelle stature de producteur ingénieux prendra ici toute sa signification. Par ailleurs, certaines séquences créées en collaboration avec David Rhodes, elles, sont véritablement nouvelles (« Floating Dogs »). Après plusieurs visions de « Birdy », force est de constater que les séquences les plus émouvantes, et les plus oniriques du film, sont tenues à bout de bras par l’atmosphère mélodique créée par Gabriel : les scènes traumatiques du carnage, où « Birdy » reste prisonnier lors d’un violent bombardement au napalm, les séquences nocturnes dans l’hôpital militaire, et bien entendu, le vol de l’oiseau auquel s’identifie le héros, trois épisodes magnifiés par l’intensité dramatique illustrée par l’accompagnement musical.


Cette première mise en bouche cinématographique de Peter Gabriel constituera une réussite très prometteuse, et l’orientera vers un genre musical qui va l’enthousiasmer. Ce sera particulièrement le cas avec la création des thèmes de « La Dernière Tentation du Christ » de l’immense Martin Scorsese. Grâce à cette bande assurément insolite, Gabriel franchira une étape supplémentaire. Son approche de la musique de film sera profondément singulière, et à l’origine de l’album le plus aventureux de son auteur. Qui plus est, sa complicité avec le cinéaste sera telle lors de leur travail commun, que Martin Scorsese produira un surprenant documentaire en forme de concert filmé relatant le concert d' Athènes, issu de la légendaire tournée promotionnelle de l’album « So », en 1987."

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Texte extrait de "Peter Gabriel, l'Explorateur Multimédia" par FB, The Intruder.

Attention. Texte protégé (NPI).

PETER GABRIEL BIOGRAPHY EXTRAIT 2



"SECRET WORLD TOUR".


"Ces nouvelles expériences constitueront une source d’inspiration déterminante pour les objectifs immédiats de Peter Gabriel. Les recettes audiovisuelles élaborées avec les meilleurs réalisateurs, vont trouver une nouvelle application : « The Secret World Tour », mis en scène par un acteur réalisateur canadien de grand talent, Robert Lepage




Relever le challenge d’une tournée encore plus ambitieuse et au succès aussi considérable que celle de « So », ne s’annonçait pas comme une sinécure. Il fallait impérativement associer à la réussite précédente, une mise en scène au moins aussi étonnante, et dans l’air du temps. Gabriel s’est conforté dans l’idée, que le show doit s’articuler sur une ligne directrice conceptuelle, basée sur l’esprit de l’artiste du moment. Pour cela, il va s’appuyer sur une formidable logistique technologique, axée sur la prédominance d’effets visuels spectaculaires. Peter n’a visiblement pas oublié le « Zoo TV Tour » de U2 ; mais toutes ses excellentes idées doivent impérativement s’appuyer sur le savoir faire d’un professionnel au dessus de tous soupçons. C’est tout naturellement que Peter Gabriel fait alors appel à Robert Lepage, dont il apprécie particulièrement les activités artistiques, et à qui il voue une réelle admiration. Ses talents de mise en scène sont unanimement reconnus, et le fait qu’il soit acteur, enrichit singulièrement un curriculum déjà conséquent. Ses compétences de réalisateur, son potentiel artistique, ses talents de comédien font penser à Gabriel, que les multiples aptitudes de Lepage, permettront à son « directeur » surdoué de parfaire ses exigences visuelles et ses volontés avant-gardistes, ou plus largement, de concrétiser visuellement son imaginaire débridé. Pour le coup, les fans vont être largement servis. « Secret World Tour », de par l’ambition requise, va véritablement subjuguer son public…


« Parfois, tout semble calme à la surface. Puis vous décelez une légère perturbation qui vous donne la certitude que, sous la surface, se cache un monde secret ». C’est ainsi que Peter Gabriel présente son titre « Secret World » au travers d’une projection vidéo, durant le spectacle « Secret World Tour ». Après six longues années d’abstinence, l’artiste anglais s’est enfin décidé à repartir en tournée, en 1993. Ses fans envahissent alors stades et salles de concert par milliers, tous succombant au virtuose du son et de l’image, et lui prouvant ainsi que son aptitude à attirer les foules est restée intacte. En 1994, il déclarait : « Je devais absolument innover pour cette tournée, présenter des effets absolument nouveaux sur scène. Et voilà le résultat : le plus grand spectacle visuel que j’aie jamais réalisé. J’ai collaboré avec Robert Lepage, un metteur en scène canadien qui aussi auteur et acteur. Je le considère comme un véritable visionnaire. J’adore ce qu’il fait, notamment à partir d’une imagerie élémentaire… ». Toujours en quête de technologies nouvelles, Peter Gabriel joue avec toutes les subtilités techniques du moment. En 1994, encore : « Nous avions deux scènes, reliées entre elles par une plate-forme. Ce show était axé sur les relations en général, les relations entre villes et campagnes, eau et feu, masculin et féminin ; nous avons essayé d’établir un lien entre ces antagonismes… Maintenant quand je chante en live, j’arrive à chanter juste, enfin la plupart du temps. Au début, cela me posait des problèmes ; vous savez ce que c’est, on est énervé, excité, on ne trouve plus la note. Il n’y a rien de tel pour m’énerver, que de me rendre compte que je chante faux… Dès qu’on monte sur scène, on prend la température du public. Quand le public est enthousiaste, on sent la chaleur qui irradie. Parfois au contraire, la température est glaciale, et il faut se battre pour conquérir le public. Beaucoup de groupes montent sur scène, et jouent la même chose tous les soirs, de la même façon. Peu importe que le public aime, ou n’aime pas. Moi, je « vis » le public, et son énergie est une sorte de carburant qui me permet de tourner rond… ». Voilà une philosophie qui sera appliquée à la lettre lors de la tournée. Fidèle à un précepte qu’il applique depuis ses premiers concerts, Peter Gabriel excelle dans l’exercice de la surprise, alternant l’ordre ou le choix des chansons en fonction de son état d’esprit du moment. Lors de certaines soirées, le « Secret World » débute de manière différente. Au début de la tournée, Levon Minessian au doudouk, apparaissait seul dans la pénombre, et inaugurait les hostilités avec « The Feeling Begins » (Levon est un des rares maîtres de cet instrument séculaire), morceau emblématique de « Passion ». Dans d’autres cas, la cabine téléphonique de « Come Talk to Me », semblant émerger des entrailles de la scène souterraine, constituait le démarrage effectif du show. Cette anecdote significative met en exergue les formidables facultés d’adaptation des musiciens de l’homme de Bath, et leurs compétences techniques respectives. Qui plus est chacun des intervenants a la charge de programmer certaines séquences musicales, les virtuoses se métamorphosant occasionnellement en « informaticiens » émérites, assurant ainsi la minutie de la prestation collective. Faire partie du staff de Peter Gabriel s’avère une performance tout autant artistique que technique, mais passionnante de bout en bout. Lors du « Secret World Tour », le spectateur assiste à une succession d’événements magistralement orchestrés par Robert Lepage : l’émergence d’une cabine téléphonique anglaise dans un halo brumeux typiquement londonien, un superbe travail sur l’éclairage et des ombres chinoises féeriques (notamment pour « San Jacinto ») alimentant ostensiblement l’aspect féerique du show. Une atmosphère d’une poésie rare (« Slow Marimbas », où Peter Gabriel évolue sur un radeau, pendant que ses musiciens le rejoignent à l’autre bout de la scène, immobiles sur un tapis roulant), l’apparition impromptue d’un arbre fruitier (« Shaking the Tree » et « Blood of Eden »), et bien évidemment, le clou du spectacle, le happening macro vidéo de « Digging in the Dirt »), contribueront largement à la notoriété du show… Lorsque le thème irrésistible du hit débute, l’image du visage de Peter Gabriel déformé par un grand angulaire, apparaît sur l’écran géant de la scène. Notre héros rampant au sol, est affublé d’une mini caméra fixée par un serre-tête, le filmant en très gros plan, accentuant notablement l’effet cauchemardesque du titre. Mais ce qui constituera le morceau de bravoure définitif du spectacle, c’est bien le final ahurissant illustrant la chanson « Secret World ». A la fin de la chanson, une rangée de valises de toutes tailles, défile curieusement sur un tapis roulant, aux pieds de Peter Gabriel. La dernière, plus conséquente, est saisie par le chanteur, qui la pose au sol, et l’entrouvre. Chacun des artistes pénètre tour à tour à l’intérieur de la malle. Peter Gabriel ferme alors définitivement la très encombrante besace singulièrement alourdie, la soulève péniblement et se fige au centre de la scène, levant les yeux au ciel. Puis, un immense objet lumineux, très semblable à l’ovni de Roswell, descend du plafond de la salle de concert, enveloppant Peter, sa volumineuse valise, ainsi que la partie majeure de l’arène scénique. Quelques instants plus tard, ovationné par la foule, l’étrange objet s’élève de nouveau, laissant miraculeusement apparaître les musiciens, Peter Gabriel et Paula Cole interprétant une version particulièrement émouvante de « Don’t Give Up ». Enfin, Papa Wemba et son groupe zaïrois, qui assuraient la première partie du concert, rejoignent la formation dans une chorégraphie exubérante et festive d’un « In Your Eyes » endiablé. Le show est ponctué par un Peter Gabriel, seul au piano, interprétant une version particulièrement mélancolique de « Here Comes the Flood ».


L’artiste de Bath avait troqué son look de pop star, contre celui d’un Houdini du rock, repoussant une fois de plus, les limites de l’envisageable. Le retentissement fut considérable, et le « Secret World Tour », installé dans la légende, fut un triomphe critique, la tournée produite sur les cinq continents obtenant un succès considérable, ce que la notoriété tout à fait relative de l’album « Us », augurait pourtant fort peu. Le show fut immortalisé par un double CD live, produit une nouvelle fois par Peter Walsh, et François Girard réalisa un film tourné à Modène (Italie), en novembre 1993, relatant un concert devenu mythique, disponible aujourd’hui en DVD. D’une certaine manière, cette performance s’apparentait toutefois, à un chant du cygne provisoire, et une absence significative de Peter Gabriel « on stage », qui allait durer… plus de neuf années".

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Texte extrait de "Peter Gabriel, l'Explorateur Multimédia" de FB, The Intruder.

Attention. Texte protégé (NPI).

dimanche 26 août 2007

CITATION D' UN MYTHE




"Je suis une personne très forte et je pense que c'est pour ça que ça me rend furieuse quand je lis "Elle a fait une depression nerveuse" ou "Elle n'est pas très stable mentalement, juste une faible, fragile petite créature."


Kate BUSH.

LAY YOUR HANDS ON ME




Ce soir là, en octobre 1987, une question m'a soudain étreint et d'une manière indéfectible. Peter Gabriel a-t-il toute sa raison ?

L'on connaît tous ses facultés surhumaines à réaliser des shows insensés ou des performances scéniques du plus haut niveau, et son génie naturel à surprendre son auditoire. Mais là !

Bref, ce soir d'octobre 1987, j'ai failli me prendre la rock star sur la figure, à l'occasion d'un plongeon inattendu et mystique de l'intéressé qui a retourné littéralement la salle ou l'archange de Bath officiait. Un public en transes, vous connaissez ? Vous êtes vous déjà retrouvés, au sein d'une séance païenne sacrificielle, entourés d'un public en état de possession, l'esprit habité par des conjonctions mentales presque surnaturelles et quelquefois inquiétantes ? Ça déclenche de drôles de sensations, une magie quasi initiatique qu'il est assez difficile de retranscrire après coup.

Honnêtement, j'ai eu très peur... pour lui. Qui d'autre aurait osé faire ça ? Se donner à son public est une expression largement usitée et souvent dévoyée. Dans l'exemple qui nous concerne, il faut véritablement prendre la métaphore au pied de la lettre.

C'est un Peter Gabriel complètement hystérique et visiblement galvanisé qui est pourtant ressorti vivant de l'affaire, mais en lambeaux, à un moment du show devenu franchement périlleux voire "limite" ! Un très grand moment de scène, et une émotion inoubliable a bouleversé un public chauffé à blanc, qui ne s'en est toujours pas remis 20 ans plus tard, puisque tous les témoins présents pendant ce fameux concert en parlent encore, les yeux toujours humides.

Du Gabriel comme on le vénére, c'est à dire complètement barré !


"LAY YOUR HANDS ON ME" de Peter GABRIEL capturé live en 1987 à Athènes, durant la tournée "SO".

MYTHIQUE !!!

PETER GABRIEL BIOGRAPHY (EXTRAIT)




SMALL IS BEAUTIFUL…



"Enfin une bouffée d’air pur… Comme libéré d’une pression devenue insoutenable, Peter commence une nouvelle vie, s’impose une année sabbatique, et adopte une philosophie qu’il concrétise dans ses multiples démarches créatrices ou artistiques : prendre son temps. Il pourra donc plus facilement se consacrer à sa famille, et la naissance de sa seconde fille, Mélanie en 1976, le conforte dans l’idée que sa prise de recul médiatique était une priorité. Puis, il intègre une communauté écolo hippie (qui répond au doux nom de « Genesis » !), élabore des théories surprenantes sur l’association future du son et de l’image, se passionnant temporairement pour la culture des pommes de terre (!!!) ou végétaux divers, et parfait sa formation musicale, notamment le piano. Il rencontre des artistes extérieurs au monde pop, spécialement Alejandro Jodorowski, créateur chilien d’innombrables bandes dessinées, cinéaste atypique et concepteur du mouvement surréaliste « Panique ». Jodorowski s’est associé à l’imprévisible Roland Topor (dessinateur de génie), et au sulfureux Fernando Arrabal, auteur de « Viva la Muerte », ou autres pamphlets violemment antifranquistes. Ce réalisateur très imaginatif a réalisé des œuvres cinématographiques intrigantes : « El Topo » en 1971, western métaphysique singulier vénéré par John Lennon, mais surtout « La Montagne Sacrée » en 1973, manifeste extravagant très ambitieux, mais au discours obscur. Le Chilien fou envisage l’adaptation cinématographique de « The Lamb Lies Down on Broadway » ; puis une comédie musicale rock, composée et interprétée par Peter Gabriel lui même, dont le héros aurait pour patronyme « Mozo » (que l'on retrouvera dans le titre "On the Air" en 1978)... Aucun de ces projets n’aboutiront fort heureusement. Certains professionnels « avisés » du show business, doutant des compétences d’auteur compositeur d’un chanteur à la voix rauque tellement identifiable, lui suggèrent de réaliser un album constitué exclusivement de reprises de standards célèbres et éprouvés. L’idée insensée et les réticences émises par les professionnels quant à ses capacités artistiques, feront entrer Gabriel dans une colère noire, et parfaitement justifiée. Mais ces divers projets n’auront heureusement aucune suite. On est bien loin désormais, des exubérances du chantre de la genèse pop, et les faits ne font que confirmer son intuition. En 1975, la scène rock est en pleine mutation, une mutation largement annoncée par Robert Fripp, créateur et leader de King Crimson, et occasionnellement ami de Peter Gabriel. En effet, à cette époque des seventies, le revival rock a amorcé son ascension. Beaucoup avaient considéré que la musique progressive (le "prog") n’était en fait qu’une excroissance douteuse et malheureuse du bon vieux rock n’ roll, et que ce dernier, en prenant de l’emphase avait perdu toute urgence, toute spontanéité, donc toute crédibilité. Sur le fond, ça n’était pas si faux que ça au vu du résultat. La liste impressionnante d’artistes victimes de l’extraordinaire pression commerciale du show business, remplirait à elle seule le Guinness des Records : Jim Morrison, Jimi Hendrix, Janis Joplin, Brian Jones, Sid Vicious, Brian Wilson, ou Syd Barrett, tous broyés par un management implacable, peu soucieux de leur sensibilité propre. Les Beatles s’étaient sabordés en 1970, victime d’un syndrome similaire. Le King Elvis, précurseur du genre, se suicidait à petit feu de manière sordide, détruisant ainsi sa propre légende et accélérant une fin pathétique. Bob Dylan, se convertissait au catholicisme ! Et John Lennon renouait avec la sinistre Yoko Ono. Les groupes mythiques étaient soudainement devenus aphones. Who, Led Zeppelin ou Stones, semblaient minés, bien égarés sur le plan de l’inspiration ou de l’orientation musicale, taraudés ici et là, par une scène américaine notamment, qui ne demandait qu’à s’exprimer avec une urgence salutaire. « Born to Run » de Bruce Springsteen devenait le nouvel hymne du rock. Paul Verlaine, et son groupe Television, annonçaient le mouvement punk, les Ramones expédiaient leurs chansons en moins de temps qu’il ne fallait pour prononcer leurs titres. Patti Smith hurlait sa rage avec une conviction rare, Debbie Harry, ondulait de toute son anatomie atomique, épaulée par son groupe Blondie, faisant fantasmer la scène new-yorkaise sur les titres sur vitaminés de Chris Stein. On revenait d’une manière radicale aux sources d’un rock plus énergique. D’ailleurs, Doctor Feelgood en Angleterre, se permettait même d’enregistrer en mono. La préciosité était devenue suspecte aux yeux du grand public.



Fripp avait eu l’heureuse prémonition de cette évolution, annonçant la « fin prochaine des dinosaures » et l’avènement des « petites unités mobiles, autonomes et intelligentes », une nouvelle variation sur le thème du « small is beautiful »... Pour le leader du Crimson, il semblait évident que les grands groupes étaient fatalement condamnés à disparaître, victimes de la lourdeur de leurs propres structures qui à terme, pénaliseraient définitivement toute démarche créatrice de leur part. Seul l’artiste libre et autonome, par l’absence de contraintes, tant personnelles que logistiques, pouvait selon lui, garder intact son potentiel imaginatif, et créatif. Cette philosophie ne pouvait qu’enthousiasmer Peter Gabriel, et évidemment le fait que Fripp soit lui même l’initiateur d’un tel concept, ne pouvait que consolider la décision qu’il avait prise préalablement, lors de son départ de Genesis. Ainsi Peter Gabriel cherche-t-il une nouvelle voie musicale, mais il doit prouver au monde rock qu’il n’est pas seulement un performer, mais aussi un bon compositeur de pops songs. C’est cette démarche, imprégnée d’une grande humilité de la part d’un artiste de son rang, et rarissime dans la superficialité générale du show business, qui va déterminer sa nouvelle orientation.

Persuadé qu’il doit apporter la preuve de ses qualités véritables d’auteur compositeur, il décide de réaliser un album dans le plus pur style pop des années 60, un disque émaillé de chansons à l’inspiration diversifiée, sans fil conducteur apparent. Pour cela, l’unité générale de l’œuvre doit être assurée par le son, et il lui faut donc s’adjoindre les services d’un producteur de renom, à l’empreinte sonore immédiatement identifiable, donnant une cohésion générale et une couleur spécifique à l’ensemble.


Le choix de Bob Ezrin va alors tout naturellement s’imposer. Ce producteur émérite, qui plus est musicien de talent, a marqué le rock d'une manière indélébile avec le « Berlin » de Lou Reed, ou par sa collaboration tumultueuse avec Alice Cooper. Personnage atypique et effacé, Ezrin n’en possède pas pour autant, une très forte personnalité. Or Peter Gabriel doit absolument collaborer avec quelqu’un auprès de qui il se sente "en phase, tant sur plan personnel qu’artistique. En outre, le producteur canadien, mais au « métier » bien américain, est un arrangeur de très grand talent, et Gabriel ressent le besoin impérieux (psychologiquement s’entend), d’un environnement technique et professionnel rassurant.
Epaulé par une solide équipe de requins de studios, assisté par des musiciens de renom comme Steve Hunter, Dick Wagner, Allan Schwatzberg ou Tony Levin (dont il ne se séparera plus), Gabriel et Ezrin s’installent à Toronto en 1976, afin de réaliser ce premier album déjà tant attendu. Peter Gabriel s’impose alors une discipline d’acier de manière à parfaire sa première réalisation solitaire. De toute manière, la présence d’Ezrin, professionnel jusqu'au-boutiste, est là pour veiller au grain.


A cette même époque, le premier album de Genesis sans Peter Gabriel, « A Trick of the Tail », a démontré au groupe qu’il y a une vie sans l’archange de Woking, du moins sur le plan discographique. En effet l’album rassure les fans du groupe, Collins « chante » presque comme Gabriel, ainsi le style et l’ambiance sont préservés… pour l’instant. L’album suivant, « Wind and Wurthering », confirmera cette tendance, mais en 1978, « And Then They Were Three » l’infirmera définitivement, le groupe s’orientant à son tour vers une démarche beaucoup plus universelle sur un plan purement musical. Genesis, en effet, s’affranchissant de Peter Gabriel s’était découvert une nouvelle identité, d’un accès et d’un abord beaucoup plus populaire. À l'avenir, le groupe inondera les ondes FM à l’aide de titres nettement plus commerciaux. Une page était alors bien tournée….

C’est en février 1977 que le premier album de Peter Gabriel est présenté à la presse. Tétanisé d’effroi, l’artiste estimait avoir remis les compteurs à zéro en tentant de recommencer une nouvelle carrière, et il savait qu’on l’attendait au tournant. La pochette du disque, une réalisation Hypgnosis, contraste singulièrement avec les précédentes réalisations du Charisma Label. Peter Gabriel apparaît dans une limousine bleue, couverte de gouttelettes de pluie. Au travers du pare brise, le visage de l’artiste est monochrome. A l’intérieur de l’album, photographié sous un angle différent, Peter Gabriel est affublé de lentilles de contact étincelantes, qui donnent à son regard un aspect particulièrement énigmatique. L’hyper réalisme de la pochette annonce d’ores et déjà un bouleversement radical, fondamental et formel".


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Extrait de "Peter Gabriel, l'Explorateur Multimédia" par FB, The Intruder.

PETER GABRIEL BIOGRAPHY



Chers amis (ou ennemis) de The Intruder.

L'auteur de ce blog a réalisé une biographie consacrée à l'artiste anglais Peter Gabriel. Cet ouvrage a été déposé à la NPI.

Prochainement, quelques passages seront mis en ligne sur le présent site, et les personnes éventuellement intéressées pourront dès lors contacter directement The Intruder à l'adresse mail suivante : intruder058@orange.fr afin de donner leur avis sur les anecdotes et le style littéraire de l'ouvrage, et éventuellement commander cette biographie, qui je vous le concède, sera vendue à vil prix.

Sur cette nouvelle, The Intruder vous salue courtoisement.

BIG LOG





En 1983, Robert au regard triste nous assénait le titre qui tue, extrait de son album "The Principle of Moments". La chanson fut un hit aux USA et en Grande Bretagne et passa inaperçu dans "le pays du fromage".

Las, quelle erreur ! "Big Log" est le prototype de la chanson parfaite qui pénètre immédiatement les esprits pour ne plus jamais en sortir. La voix de Robert au fasciés dépressif reste toujours aussi magnifique, et le son de cette guitare cristalline au son si doux et à la pureté byzantine, adoubée d'une ligne de basse redoutable emporte une dernière fois l'adhésion d'hypothétiques récalcitrants.


La chanson pop dans toute sa splendeur et à son apogée dans une vidéo Burtonienne. Du sur mesure pour les afficionados du bon goût anglais...


"BIG LOG" de Robert PLANT en 1983.

vendredi 24 août 2007

PUNK ATTITUDE



"Elvis est mort, tant mieux ! Ça faisait trop longtemps que lui et son gros bide faisaient de l'ombre au rock'n roll !".


Johnny ROTTEN des SEX PISTOLS en août 1977.

MADAME REVE !



La différence notable qui sépare Bashung de ses collègues issus de la "chanson française", est que l'Alsacien céleste sait écrire. Des textes certes (tradition française) mais aussi de la musique. L'autre nuance, est qu'Alain la déconne sait de plus produire et arranger ses chansons. Banal tous ça me rétorquerez vous derechef, la mine offusquée et prêts à en découdre !

Et bien, non ! En France c'est homéopathique ce genre de comportement. Dans un pays ou l'on écrit ou enregistre des chansons à la va comme je te pousse, peu d'artistes peuvent se vanter d'avoir fait de l'exigence artistique une règle déontologique. Certains sont encore présents (Bashung, Christophe), d'autres plus (Gainsbourg, Ferré, Brassens...).

D'ailleurs on retrouve en France cette absence de rigueur dans tous les arts populaires (cinéma), excepté la littérature. Et encore, quel pied que de lire Beigbeder ou Angot ! Il a fallu un Jonathan Littell et ses "Bienveillantes", américain et francophile pour nous rappelez que la langue française est sublime quand on sait s'en servir.

Mais vous savez, quand un ministre de la culture en exercice compare MC Solar à Rimbaud ou Verlaine, d'ailleurs je ne me souviens plus précisément, ou qu'on ose parler d'art poétique en évoquant "Grand Corps Malade", à mon avis, il y a déjà pas mal de dégâts de commis, non ?

Bref, Bashung lui créé avec exigence et excellence, et à terme la qualité paie toujours, et surtout perdure plus longtemps que les épisodes racoleurs et modaux qui eux ne survivent généralement pas plus d'un été.

La preuve, son "Madame Rêve" qui date de 1992, son climax, son atmosphère et ses paroles dignes d'un Lennon, ce qui veut dire à prendre à des degrés multiples et divers... et bien cette chanson n'a pas pris l'ombre d'une ride. A la différence de la gueuse évoquée dans le titre...


"MADAME RÊVE" de Alain BASHUNG en 2002.

STICKY FINGERS



TEXTE A VENIR !

CINE CULTE



"L'homme est un animal rationnel qui perd patience lorsqu'on lui demande d'agir en accord avec les diktats de la raison".


Orson WELLES.

Photo: image tirée du film "CITIZEN KANE" d'Orson WELLES en 1941.

jeudi 23 août 2007

SHINE A LIGHT



EXCLU LULU !

LE FILM DE MARTIN SCORSESE CONSACRE AUX ROLLING STONES !!!

CULTE DE CHEZ CULTE ! ET BIENTÔT SUR VOS ECRANS !

PLUS D'ANECDOTES DANS QUELQUES TEMPS...



"SHINE A LIGHT" de Martin SCORSESE, featuring THE ROLLING STONES, 2007.

La Phrase du Jour 174



"Je préfère quand le spectateur sort avec des questions plutôt qu'avec des réponses".


Louis MALLE.

RARE IMAGINE



John Lennon devant un parterre de joyeux drilles qui ont l'air aussi rock que lui expert comptable dans une multinationale de vente d'armement.

Sacré John, rien qu'à ta dégaine tu les bouffe tous ces croquemitteux à l'air déconfit, et que traverse par fulgurance tout l'ennui qui étreint sournoisement les "grands" de ce monde.

John, tu ne méritais pas un public pareil. Ils font honte à ton talent, ton génie et l'universalité de ta musique. Mais c'est certainement dans un but sociologique que tu as réalisé cette performance live, observer de très près ce qu'il ne faut en aucun cas devenir, un mammifère repu de sa suffisance, blindé de certitudes à deux balles, et largement malheureux d'avoir complètement raté sa vie et qui fait tout pour nous convaincre du contraire.

Ça a un nom ça : la mort pendant la vie. C'est ce qui caractérise encore plus l'homo occidentalus du début des années 2000, un type convaincu qu'il faut consommer en masse pour atteindre un hypothétique bonheur de façade très éphémère, et surtout avant tout "paraître" pour impressionner ses contemporains en mal d'un existentialisme plus humaniste.

Ça l'humanisme, ils ne savent même pas ce que c'est. Ou ils ne s'en rappellent plus. C'est plus à la mode John. Pourtant, ta chanson l'est toujours. C'est étrange.

Et dis, John ! Tu aurais fait comment pour supporter l'époque actuelle et ses zombies qui vivent aujourd'hui dans nos pays "riches" ou il y a de plus en plus de pauvres ?


"IMAGINE" de John LENNON capturé live en 1975.

CITIZEN WELLES



Le 30 octobre 1938, un flash radio fulgurant annonce que les Martiens viennent de débarquer de la planète rouge, et envahissent les USA. La nouvelle se répand comme une traînée de la poudre dans le pays, semant terreur et consternation. Il s'agissait d'une adaptation radiophonique de "La Guerre des Mondes" interprété par Orson Welles et sa troupe théâtrale du Mercury Theatre. Welles faisait alors coup double. Il mettait en évidence l'importance du média radio et son incroyable talent d'acteur ou de metteur en scène. Il devient célèbre du jour au lendemain. On lui propose sur le champ de réaliser un film et il obtient carte blanche (pour la première fois dans l'histoire du cinéma) alors qu'il n'est que débutant: scénario, réalisation et production. Certains se gaussent de l'aspect inédit de la situation et des propos dithyrambiques dont fait l'objet Welles. Le tournage s'éternise et les journaux titrent avec cynisme "Attention, un génie travaille". En mai 1941, Orson Welles n'a que 25 ans et il présente son film "Citizen Kane". Il est loué unanimement par la critique mais le film se ramasse complètement, incompris du grand public du fait de sa narration inédite et révolutionnaire, et par la campagne de diffamation que livre Randolph Hearst, magnat de la presse, qui se reconnait en Kane. Dès ce jour, Welles est blacklisté à Hollywoood et jamais plus il n'aura de liberté créatrice similaire. Il entre en conflit ouvert avec les studios après le tournage de "La Splendeur des Amberson" en 1942, largement amputé, et ses films s'apparentent dorénavant à des Golgotha cinématographiques. Aussi grand acteur que cinéaste, il se met en scène dans plusieurs de ses productions et connaît l'un de ses plus grands succès avec "Le Troisième Homme" de Carol Reed, film où il n'apparaît qu'à vingt minutes de la fin. Il réalise ensuite "La Dame de Shangai" avec dans le rôle principal son épouse du moment, Rita Hayworth, dont il prend un malin plaisir à détruire l'image et le mythe. N'empêche, le film est un autre chef d'oeuvre tortueux et pervers. Il adapte Shakespeare à l'écran, dont "Othello" financé d'une manière surréaliste (il est présenté à Cannes sous la nationalité marocaine) pour laquelle il obtient la Palme d'or en 1952. "Monsieur Arkadin" en 1954 est un nouveau chef d'oeuvre de machiavélisme. Afin de financer ses propres films (son "Don Quichotte" inachevé), il est obligé de tourner dans des coproductions douteuses voire consternantes, participe à des films européens ("Si Versailles m'était Conté") de Sacha Guitry en 1954, ou le "Moby Dick" de John Huston en 1956, "Le Génie du mal" en 1959 de Richard Fleischer, et "La Décade Prodigieuse" de Claude Chabrol (1971). Il adapte de nombreuses pièces de théâtre et réalise avec l'aide de Charlton Heston "La Soif du mal" en 1958, peut être son plus grand film , puis en 1963 "Le Procès" d'après Franz Kafka, étrangeté cinématographique par son casting international et l'atypisme de sa réalisation. Son dernier film est "Vérité et Mensonges" en 1975 nouvelle "mystification" délibérée de l'artiste maudit. Il meurt en 1985, ruiné et un rien aigri, contraint de tourner des spots publicitaires afin de survivre puisqu'il n'était plus question alors pour lui, de réaliser ou produire de nouveaux films.


On a le sentiment légitime que dès le début de sa carrière ou Orson Welles a été disqualifié par l' appareil hollywoodien, la sentence étant tombée: danger génie ! Et que tout a été fait pour que Welles subisse le martyr de l'artiste maudit par excellence. Il est certain qu'Orson Welles aurait pu avoir une carrière encore plus dense, que l'on nous a oté par classicisme et obscurantisme artistique toute la puissance créatrice d'un géant des arts. Il n'empêche, "Citizen Kane" reste près de 70 ans après sa sortie comme "plus grand film de tous les temps". Et c'était un "premier" film, souvenons nous en !

REHAB




Le genre de hit qui fait plaisir, qui fait chaud au coeur. "Rehab" est une merveille soul aux antipodes des titres asexués en vogue depuis des lustres. Une vraie soul women dans le corps et l'âme, cette sublime Ami Winehouse à la voix magistrale et au corps de déesse.

"Rehab" est le tube de l'année Outre-Manche. Avec Mika, Ami Wineghouse fait partie de ces artistes qui tiennent en ce moment les charts anglais hauts et forts, fortement inspirés dans l'esprit de la culture pop des années 60. Culture anglaise pour Mika, et américaine pour Ami. On compare à ce qui se passe chez nous ? Il ne vaut mieux pas, il y a comme un problème de niveau et d'exigence et ça, depuis toujours.

Si Ami continue sur cette voie, elle risque de faire très mal. Elle nous rappelle tous Janis Joplin, au niveau du coffre et du timbre de voix. Et ses mauvaises habitudes aussi. Et justement, c'est bien là qu'il y a de quoi être terriblement inquiet.

C'est qu'Ami a le même défaut que l'illustre Janis, son modèle. Elle est addict à la dope, et à un niveau plus qu'inquiétant. Elle vient d'annuler son show prévu à Paris le week end dernier. Elle entre ces jours en "maison de repos" et annule une tournée prévue aux USA, suite à une récente overdose. Surtout, elle a signifié à son producteur qu'il n'était pas question pour elle de se faire désintoxiquer, ni d'arrêter la dope. On ne peut donc pas être plus clair.

Déconne pas Ami ! Tu n'as que 22 ans et trop de talent ! Et en plus tu es vraiment trop belle, tout pour toi quoi ! Ne flingue pas ta vie, et accessoirement ta carrière. Ça ne vaut pas le coup, t'es trop mimi ! Et ça ne vaut vraiment le coup de crever en martyr du rock ou du blues. Laisse les militaires mourir dans l'exercice de leur métier.



"REHAB" de Ami WINEHOUSE en 2007.

CINE CULTE



"La capote, c'est le soulier de vair de notre génération. On l'enfile quand on rencontre une inconnue, on danse toute la nuit, et puis on la balance".

Dialogue extrait du film "FIGHT CLUB" de David FINCHER en 1999.


Photo: Edward NORTON et Brad PITT dans une affiche promotionnelle de "FIGHT CLUB".

mercredi 22 août 2007

MOT D' ARTISTE



"Jouer dans des films, c'est comme être dans un cirque. Il y a beaucoup de gens, des camions, de la nourriture gratuite, des représentations et parfois des applaudissements".

Tom HANKS.


Photo: Tom HANKS dans "Il FAUT SAUVER LE SOLDAT RYAN" de Steven SPIELBERG en 1998.

RELAX !



Qu'est ce qu'on a pu tortiller du fessier et du bassin au son du "Relax" de Frankie Goes to Hollywood" en 1985.

LE TUBE ! Impossible d'y échapper: à la radio, à la TV, avec en plus un clip censuré à la BBC pour cause d'obscénité fellinienne. Le meilleur moyen de se créer une hyper notoriété à bon compte.

Bref un incontournable. Pendant quelques temps, FGTH squattait tous les médias. Mais les egos des gueux aux moeurs gays assumés et revendiqués se télescopèrent avec violence et le groupe splitta prématurément. Seul Holly Johnson, chanteur et leader du groupe, perpétua une carrière solo confidentielle et Paul "I came to dance" Rutherford, le danseur survolté pourtant muet sur scène, sortit un album plus qu'honorable en 1987, à la grande surprise de tous.

Une comète de plus dans ce ciel ténébreux de ces eighties virtuelles ou les étoiles éphémères se désintégraient presque systématiquement à l'apparition d'un succès plus ou moins mérité. C'était le début de la musique consommable de suite, et biodégradable, devenue aujourd'hui le nouveau concept créatif et existentiel de la bande FM. En somme, le quart d'heure warholien appliqué à la lettre et dans les arts !



"RELAX" de FRANKIE GOES TO HOLLYWOOD en 1985.

SID AND NANCY



En 1986, Alex Cox présentait sur les écrans une adaptation plutôt réussie et non romancée de la vie de Sid Vicious, notamment sa liaison houleuse et destructrice avec Nancy l'Américaine.

Évitant les poncifs de ce type de film, Cox déroulait avec brio les derniers moments de la vie du punk ultime. La vidéo présentée nous replonge avec maestria sur le tournage du clip "My Way" dans une version d'anthologie qui dépoussière avec jubilation le standard de l'électrocuté le plus célèbre de France et de Navarre.

C'est Gary Oldman qui interprète Sid le vicieux, et sa ressemblance et les gimmicks sont proprement hallucinants. Avec un final digne de la canicule de 2003. A voir et à écouter à fond la caisse !


Punks are not dead !!!


"MY WAY" interprété par Sid VICIOUS, avec Gary OLDMAN. Extrait du film "SID AND NANCY" réalisé en 1986 par Alex COX.

ICONOCLASTE LUIS



"Un scénariste doit chaque jour tuer son père, violer sa mère et trahir sa patrie".


Luis BUNUEL.

Photo extraite du film "UN CHIEN ANDALOU" réalisé par Luis BUNUEL et Salvador DALI en 1931.

mardi 21 août 2007

CINE CLUB LIVE !




Fin des années 90. Autobiographique.

Cinéphile depuis toujours, je n'avais jamais eu l'idée de m'inscrire à un ciné-club, me vouant à ce culte de manière solitaire. Je franchis le pas en 1997 et adhérais à un cercle d'amoureux du cinéma à la solide réputation.

Que ne fut ma déconvenue. Je rencontrais à peu près ce qu'aucune caricature n'oserait imaginer tant les "cas" en présence frisaient l'onirisme voire la démesure psychanalytique. Sur la douzaine de gugusses en présence, deux me paraissaient tout à fait "normaux". Les autres, une compilation de tares et de névroses, pour certaines impressionnantes. On y va dans le désordre !

L'une était prof de lettres, dépressive structurelle. Tous les drames du monde lui tombaient visiblement sur les godasses. Si un film était tourné au Kazakstan en couleur, il était intéressant. En noir et blanc, au Bangla Desh, il devenait culte. En noir et blanc, sans son, pour 3.5 euros, au Timor Oriental c'était un collector. La dame n'aimait pas le "système". Puis, il y avait un retraité et sa fille, qui vivaient sous le même toit. la fille a aujourd'hui 40 ans et ne veut toujours pas quitter son père. Pour se détendre, elle écoute Xénakis ou Stockhausen (dixit la gueuse!). Vous voyez la déconneuse ? Puis, l'autre, des carottes dans les cheveux, ancien prof d'anglais, mais surtout alcoolique ! Et puis, une autre nana, qui servait de modèle occasionnellement pour peintres locaux, car bien foutue. Et un petit pois en guise de cerveau. Quand elle l'ouvrait, tout le monde faisait semblant de faire autre chose, tellement elle était hors sujet. Qui plus est, la gueuse était atteinte de parano aiguë (authentique). Un cas d'école. Puis, il y avait un autre type, plutôt sympa mais qui était bouffé par des conflits intérieurs, et qui n'arrivait pas à faire son coming out homo; ça le rendait très malheureux. Et la cerise sur la gâteau, l'"autre" que je ne nommerais point. Certainement un des personnages les plus vils, les plus pervers que j'aie rencontré dans ma vie. Il m'indiqua qu'il était animateur culturel en disponibilité, car il écrivait, parait-il, son autobiographie.

Ce type était vraiment un drôle de mec. Très intelligent apparemment et très cultivé. A notre premier contact, j'eus pourtant la pire impression. Et lui l'a ressenti aussitôt. Je me disais ce que ce gars parlait trop bien pour être honnête. Et puis, un rien mytho, du genre à déballer des trucs bien trop beaux alors qu'on le connaît à peine: "J'ai vécu à New york pendant quelques temps, avec un mannequin... "J'ai rencontré Hugo Pratt (créateur de Corto Maltese). J'avais de longues discussions avec lui...". Et plein de balivernes du même tonneau. Mais j'étais toutefois à cent lieus d'imaginer ce que j' allais apprendre par la suite ! Il fréquentait la fille parano évoquée précédemment, vous savez, le "modèle pour peintres locaux". Ça faisait un drôle de couple. L'une très jolie mais cintrée, et lui, particulièrement insipide, pas très propre sur lui, et habillé avec une absence de goût qui frisait le grotesque. Bref, ça ne fonctionnait pas trop tout ça. Et puis, je n'arrivais pas à me détacher de cette sale idée de perversité qui se dégageait de lui.

Puis à l'occasion d'une manifestation organisée par le ciné-club, nous apprenions la venue de Jean Luc Godard. J'étais content de le rencontrer. Parce que j'adore Godard quand il parle "du" cinéma autant que je déteste "son" cinéma depuis maintenant fort longtemps. A mon sens, le réalisateur est mort en 1965, après "Pierrot le Fou". Au mieux aujourd'hui, c'est un expérimentateur. Ou peut-etre, a-t-il tout compris avant les autres, le cinéma c'est bel et bien fini...

L'ex-prof d'anglais éthylique possédait une qualité évidente. Rien ne l'impressionnait. Il devait accueillir Godard sur la scène ce qui a priori n'est pas une sinécure. Il s'en sortit fort bien et le réalisateur apprécia visiblement le discours et la standing ovation du public. Godard présentait son dernier film "Forever Mozart". Je me suis sauvé au bout de 40 minutes de projection ! Puis, le réalisateur d'ores et déjà culte accepta de répondre à des questions de l'auditoire venu le voir et l'écouter en masse.

Le jet habituel de questions commença à pleuvoir sur l'helvétique mythique. De bric et de broc, comme d'habitude. J'observais le cinéaste et je compris qu'il était d'une redoutable lucidité. Il flinguait tous ceux qui posaient des questions alambiquées, il repérait les pseudos tout: intellectuels, cinéphiles, gauchistes de bazar et les balayait d'un revers. Par contre, il était très doux et très civil à l'endroit des humbles. Respect Jean Luc Godard !

Le mythomane farfelu évoqué précédemment se leva et partit dans un éloge de Godard qui fit bailler celui même à qui il était destiné. Il ponctua son (long) préambule très bien emballé au demeurant par cette phrase:

-"Jean Luc Godard, vous savez comme tout un chacun que la culture et l'intelligence sont devenues suspectes dans notre pays, alors que pensez-vous de la chasse aux intellectuels en France ?".

Godard lapidaire: -"Ah bon ! Parce que la chasse est ouverte en cette saison ?".

Je vis notre Don Quichotte des hauts du Beaujolais se dégonfler comme une baudruche et disparaître derrière le col delta plane de sa chemise à gros carreaux ringarde et ses lunettes double foyer. L'estocade avait été impitoyable et fatale. Le bouffon ne se manifesta plus durant le reste de la soirée, visiblement marri de l'humiliation publique. Ce qui soulagea d'ailleurs toute l'assistance. La soirée terminée, nous rentrâmes tous dans nos pénates.

Puis le temps passa, et je ne supportais plus cet asile psychiatrique en miniature. Je quittais l'association de ces cinéphiles aussi fun qu'une convention d'huissiers de justice en séminaire professionnel. Le temps passait allègrement, et incidemment je rencontrais la parano, l'ex "modèle pour peintres locaux". Elle me signifia qu'elle avait quitté l' "autre", le "mytho de la culture". Et me narra l'inattendu. J'appris alors qu'il n'avait jamais été animateur culturel et en fait qu'il n'avait jamais exercé le moindre métier. Qu'il n'avait jamais écrit la moindre ligne en vue d'une édition. Qu'il fréquentait assidûment les lolitas de moins de quinze ans à la sortie des collèges. Et que ce prétendu "libertaire de gauche" avait réussi l'exploit, ceci en mystifiant tout le monde, de se présenter aux élections municipales locales (sur une liste de droite !) sous la fausse qualité d' "animateur culturel". J'appris aussi que ce type de 44 ans était le fils d'un bourgeois local mais qu'il vivait néanmoins au crochet de sa gueuse bien foutue, qui elle, faisait tous les petits boulots, et arrondissait ses fins de mois en posant. Et lui, utilisait sa carte bleue à foison, en n'omettant surtout pas de lui mettre quelques torgnoles quand les choses fonctionnaient mal entre eux. Je compris maintenant beaucoup mieux et manifestait ma compassion à l'égard de notre amie paranoiaque. Il était pas beau notre conseiller municipal ?

Je pris contact avec un directeur de radio que je connaissais bien et fîmes circuler l'info. Un mythomane se présentait sous une fausse qualification à une élection locale. Une semaine plus tard, dans un quotidien, nous apprenions que la tête de liste avait trouvé un nouvel emploi rémunéré à notre guignol "culturel".

Il se fit élire sur la liste, commit bien des méfaits, saccagea à plusieurs reprises le véhicule de son ex, se retrouva en garde à vue pour ces diverses voies de faits, se fit virer du ciné club pour ses débordements multiples, continua à fréquenter les gueuses pré-pubères...

Et vous savez ce qu'il est devenu ? Il est toujours conseiller municipal !

Vive la République ! Vive la France !


Bonjour chez vous!