mercredi 17 octobre 2007

MANIPULATION




Coup de gueule salutaire mardi soir de Philippe Val, directeur de Charlie Hebdo, sur Arte dans une émission consacrée à la "Démocratie dans le Monde".

Et bien joué.

L'éditorialiste hurlait sa colère contre les "braves gens" qui utilisent à foison la notion de manipulation eu égard à l'information délivrée par les médias. Val, avec beaucoup de lucidité explicitait qu'hurler constamment à la "manip" relève très souvent d'une volonté délibérée de cet état de fait par le "manipulé" lui même.

Et il n' y a rien de plus vrai. Très souvent, il nous arrive à tous de transcrire une vision quelque peu décalée par rapport à l'information officielle et divulguée par ces "spécialistes" de l'info un peu trop rapides dans leurs analyses ou leurs conclusions. Il ne s'agit pas dans la plupart des cas, de contrarier autrui par provocation gratuite mais plutôt d'acter des faits avec une lucidité plus éclairée, commenter un événement, avec tout simplement un peu plus de distance et de réflexion.


Le "manipulé" est très souvent un paresseux de l'esprit. Qui est le "maniaque de la manip" ? Souvent quelqu'un à qui vous balancez l'argument définitif devant ses affirmations assénées avec force véhémence, dans le but inavoué de conforter ses propres certitudes, quelqu'un qui n'a pas trop envie de réfléchir. Et il vous répondra toujours : "de toute manière, on est tous manipulés". En clair, "vous aussi". L'incident est clos, on peut passer à autre chose. C'est confortable les idées simplistes, et tout le monde aime ça. Mais l'histoire donne toujours raison à celui qui doute. C'est ce dernier, le dubitatif, qui souvent détient le fin mot de l'histoire. Que doit-on penser aujourd'hui d'un Colin Powell, un flacon "d'anthrax" à la main, qui affirmait avec force conviction, que Saddam détenait des "armes de destruction massive " et qu'il fallait renverser le tyran pour "rétablir la démocratie en Irak et redessiner la carte du Proche Orient (sic)" début 2003 à l'ONU ? Que doit-on penser de Bush cette fois en personne, quand il prétend "qu'il faut attaquer l'Iran si l'on veut éviter la troisième guerre mondiale" ? On n'a déjà pas suffisamment donné dans le registre ?

Et puis Val insiste en disant que chacun obtient bien l'info qu'il mérite. Et là encore il a raison. Surtout quand il affirme avec rage, qu'un type qui "regarde un journal de merde comme celui de TF1" de façon quotidienne, est un "con absolu" et ne peut prétendre à la manip puisque il le fait sciemment, en connaissance de cause, car TF1 est devenu outil de propogande, machine à broyer les esprits assumée et revendiquée (décomplexée ?), par son ex-dirigeant (Patrice Le Lay, et son fameux "temps de cerveau disponible). L'excuse de l'ignorance ne peut donc plus être acceptée, ni prévaloir. Ce type de "client", consumériste de l'info et d'idées "clés en mains", est devenu tellement caricatural, mais aussi tellement majoritaire dans l'opinion, qu'on assiste aujourd'hui à un discours général qui s'apparente à une copie conforme des émissions produites et saucissonnées à grands coups de slogans publicitaires consternants, ou autres castings de télé réalité déprimants. Nos hommes politiques s'expriment dorénavant à la façon d'un Séguéla, par formules insipides et aseptisées, bref expriment la frime, le toc, l'esbroufe, et au final une grande vulgarité, qui abaisse la pensée au raz du caniveau. Depuis quelques mois, nous assistons à un long feuilleton grotesque qui commence vraiment à devenir un peu trop lassant, s'apparentant piteusement à un sale épisode des "Feux de l'Amour", série justement diffusée sur TF1.

Souvenons-nous des événements tragiques et malheureux de l'histoire récente. En 1991, nous étions tellement peu à douter de l'efficacité avérée des "frappes chirurgicales" et de la propagande massive délibérément assénée par les médias TV et certains journaux putrides et complaisants pendant la première guerre d'Irak, qu'on n'osait pas trop l'ouvrir. D'ailleurs personne ne nous aurait écouté. Les gens se levaient la nuit pour regarder star wars à Bagdad. Il a fallu attendre la boucherie de l' "autoroute de l'enfer" pour qu'enfin les "braves gens" et les journalistes zélés partis en croisade la fleur au fusil, commencent à se poser les vraies et bonnes questions. Et puis après on a tout su: l'uranium appauvri sur les populations civiles, les missiles "intelligents" qui rataient leurs cibles à 80%, et la fin de l'incursion d'une coalition qui a laissé Saddam en place. Là, Ben Laden apportait la réponse. En maintenant Saddam au pouvoir, les Américains pouvaient s'installer définitivement en Arabie Saoudite avec 500 000 hommes, et ainsi contrôler la production du pétrole au Proche Orient, justifiant avec force propagande sécuritaire leur présence du fait de la dangerosité potentielle du maître de Bagdad, voisins des pays du Golfe. D'ailleurs, c'est bien pour cette raison que "l'ennemi public" numéro un des USA, est, parait-il, le cerveau présumé du 11 septembre, et a déclaré lui aussi, sa guerre à l'Amérique. Et quid du massacre rwandais de 1994, comme cela nous a été "expliqué" et en direct, à l'époque ? Et toutes ces certitudes sécuritaires encore, pendant la campagne électorale de 2002, ou l'on mettait en scène l'agression d'un petit vieux ou autres grivèleries de banlieues pour instrumentaliser l'élection présidentielle ? Et tout cela vendu par qui ? Une chaîne très privée, et qui cartonne au niveau de l'audience, ou "une majorité des Français déclare se reconnaître" (sondage TNS/Sofres du 11 octobre 2007). Et le plus grave, c'est bien que l'info du service public singe dorénavant la chaîne privée dans la vulgate de l'information dévoyée.


A la suite du 11 septembre, la grande masse des "informés de TF1" ou autres chaînes d'état, prétendait que la plus grande menace pour le monde civilisé, c'était bien Oussama Ben Laden. D'autres moins nombreux, prétendaient que le type le plus dangereux de la planète, c'était plutôt George W. Bush. Qui avait raison ? Ou plutôt, doit-on faire le décompte macabre du grand finaliste ?

Merci Philippe Val ! Le zélé directeur de Charlie a sacrément remis les pendules à l'heure mardi soir sur Arte. Mais, ne soyons toutefois pas trop pessimistes. L'information des masses possède actuellement un sale goût, c'est évident. Mais heureusement, il n'y a jamais eu dans l'histoire médiatique, un tel choix de sources d'informations alternatives, au risque d'ailleurs d'une réelle confusion et mélange des genres. Mais trop de choix vaut mieux que pas assez. Et ceci confirme toutefois un état de fait réel, un authentique désir d'aller vers une "autre" information que celle délivrée par des journalistes aux ordres et serviles, ou d'autres, délibérément putassiers et racoleurs. Et ça, c'est plutôt rassurant.



Allez,en attendant la prochaine intox massive ! Elle a d'ailleurs déjà commencé avec ce type, vous savez celui qui voulait nous vendre la guerre d' Irak en 2003. Non, pas George W. Bush ... l'autre, en France, Bernard Kouchner. L' "ex-socialiste", un tiers-mondiste, deux tiers-mondain !

Aucun commentaire: