mercredi 9 janvier 2008

TAXI DRIVER


Autobiographique.

Il y a quelques mois je fus témoin d'une très sinistre scène pourtant relativement banale en nos villes de grandes solitudes.

Courant novembre 2006, je vaquais à mes activités laborieuses à bord de mon gris destrier métallisé. Une péronnelle roulait devant moi de façon fort hasardeuse voire anarchique, j'en conviens. Elle ne vit d'ailleurs pas le feu virer au rouge et continua sa route sans coup férir grillant allègrement l'oriflamme tricolore. Elle frola le clash ultime avec un taxi lyonnais qui lui, venait de son coté de franchir le feu vert en toute logique. Crissement de pneu viril et immobilisation des deux véhicules au milieu de la chaussée, bienheureuse ment sans choc collectif des principaux intéressés. Le conducteur de taxi en furie, descend de sa voiture et se dirige tel un missile vers la chauffarde un rien étourdie. Et là, il arrache la portière ainsi que la conductrice de la petite Twingo en lui assénant au passage une droite d'anthologie à l'endroit de son fasciés doucereux.

Éberlué par la scène surréaliste, je descends de mon véhicule à mon tour pour calmer l'irascible artisan automobile. Ce dernier m'envoie à mon tour sur le carreau par un très viril coup de coude dans les cotes, à l'endroit d'une précédente opération. Séché par la douleur et incapable de respirer, je m'écroule sur le sol à l'extrême opposé de la donzelle, elle aussi à genoux au beau milieu de la rue de notre pourtant magnifique sixième arrondissement lyonnais. Et j'entends alors notre fier Artaban abruti par les charges sociales et certainement par d'autres idées poisseuses s'exclamer :

"-Entre une gonzesse au volant et un pédé, elle est belle la France".

Je précise à l'auditoire s'il faisait preuve de distraction pendant l'exercice de ma démonstration dialectique et circonstanciée, que le terme "gonzesse" était attribué à notre conductrice un rien dans la lune, et le noble sobriquet de "pédé" à ma petite personne qui avait lamentablement failli dans sa mission de "Robin des Bois" citadin ou autre automobiliste civil. Le chauffeur réintégra son véhicule, démarra comme une fusée et prit la tangente. Toujours recroquevillé sur le sol, je capturais son numéro de taxi. Et c'est là qu'un personnage fort avenant s'approcha de moi, visiblement plein de bonnes intentions. J'observais une douzaine de personnes sur le trottoir, qui n'avaient pas pourtant jugé utile d' agir à l'instant ou nous en aurions eu le plus grand besoin. Il s'écria alors:

"-J'ai son numéro ! J'ai son numéro !"
Quelque peu contrarié et haineux, je lui rétorquai:
"-Moi aussi, je sais lire ! J'eusse aimé que VOUS, vous sachiez AUSSI intervenir!". Mon secouriste se trouva fort marri devant ma réaction iconoclaste. Plus aucun témoin ne pipait mot, concédons le, à ce moment là.

Je lui avait glacé visiblement le sang à l'héroique fantaisiste un peu tardif par ma remarque acerbe et le mépris visible que je lui manifestais. J'allais alors récupérer la petite donzelle choquée mais alors fort entourée, pour vérifier son état psychique et les conséquences du coup de poing qu'elle avait reçu dans la figure. Une grosse marque rouge au niveau de la mâchoire et surtout un méchant choc traumatique.

Nous nous rendons alors au commissariat de police ou le garde chiourme nous reçoit avec les amabilités de rigueur (front suspicieux, l'ennui spectaculaire de ceux que la routine étreint à longueur de temps, avec le peu d'expression que ce genre limace obèse arrive à peu près à communiquer au genre humain ...), et la victime dépose plainte, adoptant en ce qui me concerne le statut de témoin du viril incident. La jeune femme reconnaissante me confie ses coordonnées téléphoniques en cas de besoin ou d'échange.

Quelques siècles plus tard, je suis de nouveau convoqué au commissariat pour enfin témoigner. Un fonctionnaire de police me reçoit pour écouter ma version des faits. J'apprends que la conductrice a fait l'objet d'une ITT de 15 jours. Je rapporte ma propre version de la chose vécue avec moult détails et précisions pendant que mon interlocuteur esquisse une longue série de baillements révélateurs. Le fonctionnaire rédige son rapport et conclut :

"-Somme tout, il s'agit là d'un banal "différent entre automobilistes ".
Je lui rétorque:
"-S'il suffit d'acquitter une taxe professionnelle pour librement cogner les gens et notamment les gueuses, soyons certains qu'il s'agit là d'un magnifique aubaine pour les patentés inscrits au registre de commerce".
Le gueux, visiblement autiste à toute incursion de ce type d'humour dans l'exercice professionnel, ignora ma péroraison et je quittais alors les locaux quelque peu déconfit.

Quelques semaines plus tard, la jeune victime me rappela m'expliquant que l'affaire avait été classée sans suite par le procureur de la république ...

La France qui travaille plus pour gagner plus, celle qui paie trop d'impôts ou de charges sociales, qui préfère les victimes aux agresseurs et qui adore les Arabes surtout quand ils marquent des buts pendant la Coupe du Monde, était vraiment en marche.

C'était une illustration concrète et en image de ce qui a largement favorisé la chute spectaculaire du taux de délinquance pendant les années d'action du précédent ministre de l'intérieur, aujourd'hui parvenu au plus haut sommet de l'état ...

Illustration. Robert De NIRO dans "TAXI DRIVER" de Martin SCORSESE en 1976.

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Décidement à bientôt presque un demi-siècle de vie tu en auras eu des histoires rocambolesques c'est à peine croyable...
HALLUCINANT !
???...

THE INTRUDER a dit…

Pas si anormal que ça.

Il faut intégrer l'idée que je ne me suis marié qu'à 41 ans pour me séparer 2 ans après. Et j ai beaucoup roulé ma bosse (voyages, aventures, métiers différents) pendant que tt le monde était en couple et pouponnait. Il m'en est arrivé d'autres et des bien pire j'attends avant de les raconter. Notamment une histoire ces dernières semaines, littéralement irracontable.